n° VINGT ET UN - mai 2008

   

 cd / dvd / spectacle

 

 la porte ouverte

     
 

 CD / DVD / SPECTACLE

Alex BEAUPAIN

- chante «Les chansons d’amour» au Café de la Danse (spectacle)

Alex Beaupain avait donné rendez-vous au café de la danse le 5 avril dernier, pour y chanter «Les chansons d’amour»… Quelques problèmes avec ce satané métro nous ont contraints à pointer le bout de notre nez in extremis dans la salle. Une bonne occasion d’observer d’en bas la foule assise dans les moindres recoins des gradins, et du même coup de se demander où nos popotins allaient bien pouvoir trouver refuge…Ce soir, c’est complet. Tous venus fêter «Les Chansons d’amour», fredonner les refrains, et remercier Alex Beaupain d’offrir en cadeau cette belle soirée. Après une première tentative qui s’est avérée infructueuse, où nous nous sommes faufilés près du bar au balcon, l’œil acéré d’une de mes congénères a finalement repéré un espace vide dans les gradins, où nous nous sommes lovés délicatement. Ouf !

Nous avons eu à peine le temps de nous dévêtir (je parle des manteaux bien sûr), que maître Beaupain accompagné de ses deux musiciens a fait son entrée sur scène, et s’est installé à son piano. Il avoue avoir eu besoin d’être rassuré sur la tenue qu’il avait choisie, mi décontractée (jean basket en bas) mi dandy chic (veste chemise cravate), et a donc demandé à ses musiciens leur avis en coulisse. Et eux de répondre «C’est bien tu ressembles à Patti Smith avec un faux air de Jean Jacques Goldman». Il avouera ensuite, que c’est donc tout à fait rassuré qu’il s’est présenté devant nous !

Le public, conquis d’avance, respire au rythme des chansons et les frissons se font sentir au fur et à mesure qu’il  entonne ses morceaux choisis (le titre «Au parc», par exemple, chanté sur la BO par Chiara Mastroianni, est un déclencheur de frisson infaillible). Il a la classe Alex. Il a su réorchestrer les morceaux, interprétés souvent en duo ou en trio par les acteurs du film, pour pouvoir les reprendre à sa manière, merveilleusement, évidemment.

Après une drôlissime introduction pleine d’autodérision sur le caractère «sombre» de ses chansons (l’amour ne finit pas toujours bien, après tout), et le besoin de créer une rupture dans le spectacle. Pour l’occasion, il a choisi, afin de booster l’ambiance, de reprendre un tube de Richard Anthony «A présent tu peux t’en aller», twist endiablé compris ! (Quel jeu de hanche, quel genou affûté) Il sait tout faire ce garçon. Même organiser des surprises. Il a invité Grégoire Leprince Ringuet, l’un des acteurs du film, à partager la scène avec lui, et interpréter en duo «As-tu déjà aimé ?», un joli moment, plein de tendresse.

Alex Beaupain est de ces artistes maîtrisant leur art au point d’installer dans la salle un climat serein et envoûtant. On sort de ce spectacle le sourire aux lèvres, heureux d’avoir pu assister à une vraie communion entre un chanteur et son public. Je ne saurais que conseiller, dans un premier temps de se procurer la BO du film et – ou le DVD des «Chansons d’amour», et dans un deuxième temps, de guetter la moindre affiche près de chez vous annonçant l’arrivée de Monsieur Beaupain…

 

Séverine Gendreau

 

www.myspace.com/leschansonsdamour

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Pauline CROZE

- Je t'aime à l'Italienne (spectacle)

Mettons que je n'aie jamais entendu parler de Pauline Croze ou à peine.

Mettons que j'aie survolé son premier album, pour la classer illico dans la troupe des folkeuses francophones.

Mettons que je ne l’aie jamais vue sur scène, plus ou moins seule à la guitare, timide et farouche, à promener sa voix dans des ondulations inattendues et susciter des émotions brutales et bouillonnantes.

Mettons.

Peut-être alors serais-je passée à côté de son concert. Venue par curiosité voir la fille du clip, la petite mignonne avec une guitare, je me serais installée dans un joli fauteuil rouge. J’aurais applaudi avec enthousiasme en voyant entrer en scène la fille du clip, la petite mignonne avec une guitare. Suivie de deux bassites-guitaristes électriques et un batteur. Je me serais peut-être dit ‘tiens, ça va dépoter’. Puis, assommée dès les premiers accords par une sono trop puissante, j’aurais peut-être tenté de distinguer les paroles noyées dans les riffs surnuméraires, et trouver ce que j'étais venue chercher. J’aurais peut-être eu mal au crâne. Si ça se trouve, j’aurais même eu un peu hâte que ça finisse.

Peut-être.

Mais c’eût été dommage, et un peu de ma faute aussi.

D’abord parce découvrir Pauline Croze aujourd’hui seulement, c'est un tantinet tardif, et se limiter à un clip ou deux, une allure de moineau mouillé et une guitare, follement réducteur. Ensuite parce que son deuxième album annonçait la couleur : trip hop, funk, électro, free jazz, un peu Radiohead, un peu Laika, un peu Morcheeba, quelques influences assumées (Camille ou Björk entre autres), plus que des chansons, on y découvrait des pistes, dans tous les sens du terme.

Parce que de ce fait les conditions du concert n’étaient pas idéales : dans la précieuse bonbonnière du théâtre de Cherbourg et devant un public bien assis, l’ambiance électrique était décalée. Sans nul doute le spectacle de la veille à Caen était bien plus révélateur: au Big Band Café, on peut danser, boire un verre, s'approcher, s'éloigner ou revenir à sa guise... Parce que Pauline Croze à la grâce. Luttant contre une timidité naturelle, désormais elle bouge et parle sur scène, avec ce même mélange détonnant de maladresse et de défi. Et puis il y a cette voix: le vibrato, le souffle, la puissance subtile, les aigus, ce truc indéfinissable. Ce truc qui fait que je retournerai la voir.

Parce que.

Voilà, Pauline ose, cherche, explore, tente, refuse, parfois avec excès, mais avec une audace remarquable. «J’ai arrondi les angles/ Pour en faire un cercle parfait/ Qu’il se mette à tourner/ Enfin dans le bon sens/ Et au dehors ce qui m’apparaissait banal/ est devenu extraordinaire» (Jour de foule)

 

Mélanie Plumail

 

www.paulinecroze.com

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Nicolas JULES et Emmanuelle BERCIER

- (spectacle et cd)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle, elle fait partie de ces fées qui n'ont que des bulles de savon pour sortilège. Elle débarque, menue dans ses chaussures oranges, on s'attendrait presque à la voir s'effriter tant elle est fragile. Elle claque des doigts, elle claque sa langue, elle harangue, elle siffle, toujours subtile, avec sa gueule montée sur échasses, avec sa grâce derrière la voix qui s'éraille parfois, avec ses cheveux, longs, courts, elle en joue, se joue de nous. Elle s'illumine, tourbillonne, puis revient nous chercher avec son regard qui transperce. Deux musiciens l'accompagnent, deux guitaristes, dont un accordéoniste. Il n'en faut pas plus, ses mots dégringolent, c'en est une cascade, sa voix se perche, puis redescend, c'est la fête foraine, le grand huit.

Lui, il appartient à toutes les espèces. Crooner, rocker, poète, pardon, pow!èt', elfe, brigand, slamer fou sur les mains du public, cascadeur, batteur, guitariste, auteur, comédien, poète, ah non ça j'l'ai déjà dit, fou, comique, one man show, entortilleur, maître du jeu, du feu, on ne sait plus. Il finit toujours par faire ce qu'il veut du public, quitte à risquer les bouloches sur son beau pull.

Son orchestre, son homme de mains de maître aussi, n'est pas en reste de poulet froid, agitateur de plumes, chercheur de son, percussioniste, batteur de mayonnaise de haut vol, discothèque ambulante (dj compris), poète aussi, oui, showman, raflant la vedette, mais que c'est bon cette compétition là.

Merci Madame Bercier, merci Monsieur Jules, merci Monsieur Bourbon, merci Messieurs Saint Sernin et Proud. Si l'un(e) d'eux, passe près de chez vous, courez-y, emmenez vos amis, ce n'est pas cher payé pour aller dans les étoiles.

Et, le nouvel album de Nicolas Jules, Powète, est sorti ce 18 avril

Bien malin celui qui saura dater et authentifier la provenance de ce disque. Est-on en 19?? avec un disque de chansons françaises (position revendiquée par l'auteur, restons classiques, pourquoi changer) écrites aujourd'hui; est-on embarqué par un song-teller paumé dans un rade quelque part, sur cette planète, ça, c'est à peu près sûr; est-on dans un rock qui plane et qui écorche et qui fait taper du pied et faire wouhou tout seul chez soi (ou dans la salle, allez-y, il adore ça) sont-ce les poèmes d'un auteur obscur enfin mis en musique par un fou batifolant de notes en notes pour mieux nous semer à coups de fausses pistes et ainsi... on s'en fout.

Les quinze pistes en question s'enchainent, se contredisent, les styles foisonnent, la voix, pourtant plurielle (on retrouve Emmanuelle Bercier en choeur et en duo) nous guide, ou nous perd, c'est selon, elle ne nous lâche pas, passant de l'aigre au susurré, du rock à la comédie, voire les deux en même temps, de la berceuse, presque chuchotée, à la voix de tête qui récure bien les oreilles, mais comment fait-il pour jongler de registre et... on s'en fout.

Les orchestrations rappellent parfois l'univers d'un certain Stéphane Traumat ... on me signale à l'oreillette qu'un article sera bientôt publié à ce sujet ici-même par la chroniqueuse qui m'a filé sa place, merci... normal quand on a chipé au chanteur en question: Roland Bourbon (que ne sait-il faire celui-là ? le saura-t-on jamais s'il reste pas sage derrière sa batterie de cuisine de chef toqué?) Sébastien Capazza, qui passe des saxos et des guitares mine de rien; et quand les sonorités du violoncelle et de la contrebasse de l'énigmatique Moanaatea Teparii (quel narquois çui-là) rappellent celles d'Arnaud Houpert et David Ceresa. Chaque note est peaufinée sans perdre de sa fraîcheur, pas question que ce soit aseptisé, parce qu'alors cela... on s'en fout.

C'est pourtant bien du Nicolas Jules, (la guitare bluesy, l'harmonica et l'humour sont toujours là, ouf) incisif, lâché, un chanteur-auteur-compositeur qui s'assume et, s'il trébuche encore parfois en entrant sur scène (quel petit Coquin ce metteur en lumière) ce n'est que pour mieux nous berner, nous piéger, nous envoyer deux trois hirondelles dans la tronche (oui, la cause de leur extinction, c'est lui, mais qu'est-ce qu'on ne lui pardonnerait pas) et nous de trouver ça joli et de dire merci, parce que pensez bien, le paysage oui, mais un album pareil, pas question de s'en foutre. Ou alors si, mais jusque là.

 

Leslie Tychsem

 

myspace.com/emmanuelleberciermyspace / www.nicolasjules.com /

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LAST SHADOW PUPPETS

- The age of understatement (cd)

Dialogue imaginaire

 

«Bonjour, je m’appelle Alex Turner, j’ai vingt-deux ans et je suis chanteur dans un groupe qui s’appelle les Artic Monkeys qui connaît un énorme succès en Grande-Bretagne. La preuve ? Quand notre premier album est sorti, il y a deux ans nous en avons vendu 300 000 le premier jour dans notre pays, en grande partie grâce à internet surtout Myspace qui nous a permis de nous faire connaître. Notre deuxième album l’année dernière a rencontré le même succès.

 

-Bonjour, moi je suis Miles Kane, j’ai aussi vingt-deux ans et je viens de Liverpool où le groupe dans lequel je chante, The Rascals, est considéré comme le grand espoir de la ville. La preuve ? Notre premier album paru l’année dernière a rencontré un bon succès dans les charts indies. Rien à voir avec les Artic Monkeys,  mais bon on est un peu connus.

 

-Avec Miles, on s’est rencontrés, il y a quelques années quand nos deux groupes ont fait des tournées ensembles. On est devenu très amis, et comme on adore la musique, on s’est mis à écouter des disques ensemble. Très rapidement on s’est découvert des amours en commun : Love, Scott Walker (surtout quand il reprend Jacques Brel), Lee Hazelwood, Suède, Ennio Morricone, Les Byrds ou les Beatles (période Revolver). Bref des groupes très loin de nos univers quotidiens plutôt marqués par les guitares.

 

-Comme l’a dit Alex, on adore tout ce qui a des cordes, des cuivres et un son pop de la fin des années 60 ou du début des années 70. Alors sans rien dire à personne en 2006 on s’est mis à composer des titres dans cet esprit-là. On en a parlé à notre producteur commun James Ford, vous savez celui qui cartonne avec Simian Mobile Disco et qui en plus de nos groupes a produit les Klaxons. Lui il a été emballé, à tel point qu’il nous a fait découvrir votre Français là, Serge Gainsbourg. Alors l’été dernier on est allé deux semaines chez vous, au Black Box studio, à côté d’Angers et pendant deux semaines avec James à la batterie et aux claviers, on a enregistré une dizaine de titres.

 

-Moi avec les Artic Monkeys, j’avais rencontré le violoniste d’Arcade Fire : Owen Paley, alors quand on a retravaillé sur le disque à la fin de l’année, je l’ai appelé et il est venu avec son violon. Il en a joué partout mais à la demande de James, il a dirigé un orchestre de vingt-deux musiciens de cuivres et de cordes. Et là notre projet a vraiment pris forme. James a mixé l’ensemble parfaitement comme on le voulait, notamment la batterie qui ne sonne pas trop fort ce qui permet aux orchestrations de s’exprimer. Quand on a fini de mixer, on s’est trouvé un nom : Last Puppets Shadows. Et puis on a apporté le tout à notre label qui a adoré. La preuve ? Ils le sortent !

 

-Notre but ? Faire revivre à travers ce disque les grandes heures de la pop anglaise, à l’époque où les cordes faisaient vivre les mélodies. Voilà notre album s’appelle The Age of the Understatment et il sort maintenant. Douzes titres que l’on revendique parce que, notamment grâce à James Ford et Owen, c’est ce qu’on voulait. On espère tourner avec ce disque, mais il faut que Alex soit libre avec les Artic Monkeys et que l’on en vende assez, parce que sur scène, il faut du monde.

 

-Ce que l’on voudrait dire pour terminer c’est que ce projet n’est pas un truc parallèle mais un vrai groupe à deux et que l’on espère aller très loin avec parce qu’on a vraiment beaucoup travaillé. Notre seule angoisse ? Est ce que vous trouvez cela réussi et est ce que vous aimez ?»

 

Aux deux questions plus haut je n’aurai qu’une seule réponse : OUI, OUI, OUI !!!!

 

François Olle-Laprune

 

www.thelastshadowpuppets.com

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Hervé LESSERTEUR et IMBERT IMBERT

- L'ombre et la lumière - soirée en double plateau (spectacle)

Approchez approchez ma bonn’dame, en voici en voilà du rebelle, du poilu, du rageur, de l’ébouriffant !

L’indispensable Théâtre de l’Echandole (Suisse) est complet et l’affiche promet du coup de gueule et de la poésie… Le chanteur lausannois Hervé Lesserteur et sa nouvelle formation, puis le contrebassiste montpelliérain Imbert Imbert, seul en scène, vont se succéder et nous offrir leurs derniers spectacles, deux concerts théoriquement décoiffants.

On en rêvait que le nouveau spectacle d’Hervé Lesserteur, poète maudit et écumeur de nuits, nous embarque une fois de plus au zinc d’un bar glauque, boire jusqu’au matin à la santé de nos mégapoles finissantes et leurs lâcheurs de bombes et puis qu’il nous laisse finalement, titubants, succomber aux espoirs de l’aube naissante…

Dès les premières chansons, la révolte torturée familière du personnage pactise avec une plume fine et les images enfumées des mondes monstrueux qu’elle évoque n’ont rien perdu de la force qu’on leur connaissait, marque de fabrique de Lesserteur.

Tout ce qu’on aime chez lui est là, il n’y aurait qu’à le prendre en pleine tête et en plein cœur… mais la magie n’est pas au rendez-vous. La présence de l’excellent compositeur et guitariste Arthur Besson éclipse le chanteur, qui semble empêtré dans son propre corps et fuir dans ses pensées, sans nous. Une diction hasardeuse nous prive de pas mal des finesses des textes et surtout, le jeu de batterie, certes créatif et irréprochable, couvre la voix par le volume et la profusion des interventions qui empêchent  l’auditeur de savourer  l’intimité et la sensibilité des chansons.

Hervé Lesserteur est un personnage, ceux qui l’aiment tiennent le coup et prennent de plein fouet sa fragilité en pleine figure… dommage.

Reste que les chansons, dont la plupart sont des créations récentes, sont admirablement écrites et les compositions franchement belles, qu’on aime à la folie les guitares d’Arthur Besson et l’ambiance plus rageuse’n’roll que prévue (une bonne surprise, donc) tenue par le groupe, Marcket Besson à la basse et Nicolas Meier à la batterie.

Tout ce potentiel attendra que la prestation s’affine, notamment dans les équilibres et les respirations entre les instruments et la voix, et que Lesserteur retrouve le chemin de son plaisir, qu’il prenne le risque de nous étonner, qu’il s’exprime aussi avec ses tripes.

A ne pas perdre de vue que l’on pourra bientôt profiter pleinement des morceaux sur l’album à venir, je garde un œil là-dessus et je vous tiens au courant.

 

Deuxième partie de soirée. Imbert Imbert a installé quelques éléments de décor lumineux bienvenus. Il entre en scène, renifle, relève sa contrebasse… et nous tombe dessus comme si on venait de gagner au loto !

Dès l’introduction musicale, le public saisit très vite que ce gars-là ne va pas le lâcher… qu’il va le captiver par sa qualité d’être. Et dès qu’il ouvre la bouche se confirme qu’il n’est pas là pour nous jouer une comédie : il est présent, il dégage une force peu commune et il vit avec sa musique. Il la respire, la soupire, fait chanter le silence et nous laisse sonnés, enchantés, bouleversés…

Les amoureux de  la chanson à texte sont servis : «Je voudrais m’abreuver du trop plein de leurs corps/Boire à la cruche vive le surplus de salive/Je veux m’inonder nu des graisses de leurs culs/Et m’offrir en friture en t’attendant, ma mort». Nous avons devant nous une espèce de jeune Ferré, s’il fallait trouver une comparaison, qui projette délires d’amour et tableaux sociaux avec une belle plume poétique et atypique qui vient saisir nos sentiments les plus enfouis.

Il donne une vie toute humaine à sa contrebasse, qu’on croirait sa siamoise greffée à son flanc. Imbert Imbert la fait chanter avec une énergie ahurissante, tantôt sous l’archet, tantôt en glissements, pincements, notes profondes, tout en chantant, claquant des doigts, tapant du pied… On découvre une palette de sons à laquelle on ne s’attendait pas.

Les chansons sont géniales, un vrai sans faute, et il les porte avec une authenticité, une présence et une gaîté qui rend franchement heureux, même si les sujets ne sont pas toujours légers.

La voix également bien posée, forte et timbrée nous fait dresser les poils, c’est magnifique, c’est délicieux «Si je pouvais en me fumant de vous/Ma nébuleuse nous détachant de tout/Baiser la terre comme baisent les fous/D’une volute plus humaine que nous»…

J’avais pas ressenti ça depuis le live de Dominique A… y’a longtemps !

Alors branle-bas de combat, saisissez vos agendas, Imbert Imbert est l’artiste live à ne pas laisser passer ! Profitez-en, il donne, il partage… c’est du rare, du balèze.

 

Nadine Mayoraz

 

www.lesserteur.ch / www.imbertimbert.free.fr / www.myspace.com/imbertimbert

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NANO

-  au Lavoir Moderne (spectacle)

 

photo Norbert Gabriel

 

Est-ce un concert, est-ce un happening, est-ce une performance, est-ce une improvisation ?

C’est un orchestre, un soliste, un little big band, des  musiques sans paroles mais avec voix...

C’est un peu tout ça une soirée avec Nano, dit Arnaud Méthivier, ou Arnottodrom selon les époques, les rencontres, les  envies. Ce garçon est un créateur de musique... Permanent.

Vous allez passer un moment avec lui, il arrive, il respire l’ambiance de la salle, et vous compose un impromptu musical de 60 ou 70 minutes non stop.

Je me souviens d’une soirée où deux spectatrices invitées m’avaient demandé ce que c’était, ma seule réponse avait été «c’est pas racontable» comment voulez vous raconter ce kaléïdoscope de sensations qui fusent, s’enroulent, vous enlacent, vous embarquent dans des voyages oniriques à la fois personnels et partagés avec vos voisins ? Il y a un sortilège musical qui naît à chaque fois. Au Lavoir Moderne, c’était Nano plus cordes, et percus, et un accordéon qui est transcendé en orchestre symphonique, les spécialistes apprécieront les trouvailles techniques, les néophites découvrent des somptuosités sonores qui donnent l’impression que le musicien a trois ou quatre mains, ou 8 - 10 doigts à chaque main.

Ce qui est sans véritable importance, l’essentiel étant la place unique que cet accordéon occupe dans le paysage, personne ne le fait chanter avec autant d’envols fulgurants, de pulsions tendues, de respirations profondes, d’onirisme débridé.

Il n’y a rien d’autre à dire  sinon d’aller au prochain rendez vous, le 23 et le 24 Mai, à l’Archipel 17 Bld de Strasbourg 75010  Paris, et c’est à 21 heures.

 

Norbert Gabriel

 

www.nanomusic.fr

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RIRE EN FUGUE

-  (spectacle)

 

On va peut être vous dire que c’est un spectacle «Jeune public» genre pour occuper les enfants le mercredi après-midi quand on les refile  aux papi-mamies pour les quotas de convivialité  familiale. Dans ce cas, c’est un sacré cadeau aux heureux récipiendaires, car ce spectacle «autour d’Henri Salvador» est tout à fait dans la lignée des salves d’or de légende, ces soirées partagées qui faisaient le bonheur des spectateurs toutes générations confondues.

On va vous dire, oui, jeune public, les enfants...  n’en croyez rien. C’est pour les heureux humains qui savent apprécier un très bon spectacle sans l’étiquette qui le sectorise dans une tranche d’âge marketing...

De 6 à 106 ans dit la brochure, pourquoi cette fourchette restrictive? Pourquoi les 5 et 107 ans ne pourraient-ils pas se régaler de ce «Rire en fugue» ??

A 5 ans, ce conte poético-burlesque est en phase avec l’imaginaire sans frontière des mini-juniors, et à 107 ans cette fantaisie musicale ravira les amateurs de voix exceptionnelles au service d’un répertoire qui va du jazz Count Basie au rock déjanté  d’Henri Cording et ses p’tits Rockfailers.. Car  Jacques Haurogné est un spécimen rare qui peut voltiger dans la tessiture de Pavarotti, aussi bien que dans celle de Pat Hibulaire gronchonnant d’une voix éraillée que Zorro est arrivé.. Et il danse, pas Zorro, Jacques Haurogné , il a fréquenté des gens aussi divers qu’Alfredo Arias, Claude Lelouch,  Anne Sylvestre pour créer les personnages d’une comédie musicale de la vie sous toutes ses formes, il a été rocker symphonique dans une de ses vie parallèles. Aujourd’hui, c’est un tour de manège dans la Salvador way of life qu’il nous offre. Bon d’accord, il n’est pas tout seul, on verra prochainement comment s’est construite cette belle histoire, mais après avoir découvert le spectacle, gloire au héros, c’est bien naturel.

On a bien compris, après avoir découvert «Rire en fugue» que Thierry Garcia, le co-équipier de toutes ses ballades n’est pas loin,( à 2 mètres sur scène) et toujours maître es-décoration musicale (on peut dire aussi «arrangements») dans les projets et réalisations, on a compris  que les partenaires complices plus ou moins exposés aux sunligths sont des fidèles depuis un certain temps, Patrick Lemaire, Françoise Tournafond, et aussi Leïla Cukiermann qui l’a invité pour la première résidence chanson du théâtre d’Ivry en1989, Xavier Lacouture toujours présent pour suggérer un truc farfelu, surréaliste ou saugrenu, et parfaitement indispensable... Et puis, pour ne pas rester au ras des paquerettes aussi sympathiques soient-elles, ce Rire en fugue, créé en résidence, intègre un quatuor à cordes dirigé par Daniel Casimir, un metteur en scène Frédéric Faye, et bien sûr l’équipe du théâtre d’Ivry. On ne prend pas le jeune public pour un public au rabais, et le public jeune, de n’importe quel âge y trouve son compte.

Le résultat est une  création en résidence d’une qualité exceptionnelle. En quelques mots, resituons ce qu’est un spectacle créé en résidence : c’est une équipe qui s’installe dans un lieu pour quelques semaines, avec une idée de spectacle, qu’on va répéter,  affiner, faire évoluer, et arriver à une première représentation qui est une vraie représentation, et non pas une répétition payée par le public, comme l’avait dit Sarcloret ici, à Ivry, au théâtre Antoine Vitez dirigé par Leïla Cukierman, initiatrice de ces résidences-chanson. L’excellence du travail de l’équipe du théâtre a été reconnu officiellement  par l’institutionnalisation en Scène conventionnée chanson par le Ministère de la Culture, équivalent des Centres Dramatiques Nationaux créés par Jean Dasté dans les années 45-50. Structures pour un théâtre populaire, très actif dans l’animation pédagogique , à l’école et à l’usine. C’est dans cet esprit que Leïla Cukierman a adopté la forme et le fond, une création chanson en résidence est toujours accompagnée d’actions avec les scolaires, et avec la population d’Ivry. Le mois prochain, nous visiterons ces activités créatives. Il fallait en glisser un mot, car dans Rire en fugue, les rencontres avec les scolaires ont apporté dans le spectacle des idées comme les planètes (qui chantent en chœur «Le lion est mort ce soir»).

Après Ivry, une tournée est prévue, nous suivrons la fugue et le rire , et un entretien avec Jacques Haurogné et Thierry Garcia complètera l’histoire de cette création, qui est devenue «Fugue en rire».

 

Norbert Gabriel

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 Patricia ASSOULINE - Ma vie d'extra-terrestre (théâtre)

Je me souviens, un slogan publicitaire, disait «Quelques grammes de finesse dans un monde de brutes…». C’est exactement ce que j’ai ressenti lorsque je suis allée voir le spectacle de Patricia Assouline. Après avoir joué dans la comédie musicale «Les hors la loi», Patricia revient aujourd’hui seule en scène avec son premier one woman show «Ma vie d’extra terrestre». Perchée sur son fauteuil électrique, Patricia raconte sa vie «sans pathos» comme elle dit, sa vie à elle, son combat contre les préjugés. Elle ose tout, aborde tous les sujets souvent très peu traités aujourd’hui (la sexualité chez les personnes handicapées, la drague…). L’autodérision est tatouée sur son front, elle sait rire de tout, et prend un malin plaisir à tordre la réalité de son quotidien pour offrir à son public une bonne tranche de rire !

 

«L’amour oui mais faut compter avec les préliminaires, et les préliminaires chez les handicapés ça dure, ça dure, parfois jusqu’à l’épuisement. Vous en seriez jalouses mesdames ! Ce ne sont pas des préliminaires, ce sont des éliminaires !»

 

La chenille repérée parmi la troupe des «Hors la loi» a fait son chemin et est devenue papillon. Elle s’est merveilleusement entourée (Audrey Lemoine et Claude Fraize qui ont su coucher ses mots sur le papier, Clémentine Célarié en metteur en scène de talent profondément humaine, Florent Guépin à la guitare, Mélisande de Serres en fantômette femme orchestre multi casquettes). Totalement à son aise sur scène Patricia colonise l’espace, la lumière, fait entendre sa voix (fort jolie ma foi), et nous tient en haleine jusqu’à la fin. Le rire est la meilleure des armes, elle casse les préjugés, fait tomber les barrières, et rapprochent les individus. Patricia a su l’apprivoiser pour en faire un atout exceptionnel. J’invite quiconque ayant envie de découvrir une artiste au talent incroyable, à venir l’applaudir sur scène. A voir absolument !!!

 

Séverine Gendreau

 

www.myspace.com/mon_show

 

Note du bouc maker : le mois prochain, une interview de Patricia Assouline, et de son incroyable détermination. Un exemple ? elle se produit dans un des seuls théâtres parisiens qui n’a pas un accès spécial pour «personnes à mobilité réduite» comme on dit.

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 L'AUTRE MONDE OU LES ETATS ET EMPIRES DE LA LUNE de Cyrano de Bergerac

 (théâtre)

 

photo : Jessie Bensimon

 

adapté et mis en scène par Benjamin Lazar, au théâtre de l’Athénée.

Niché dans le square de l'Opéra Louis-Jouvet, le théâtre de l’Athénée est en soi un lieu à voir. Une salle à l’italienne, rococo et art nouveau, toute en balcons, alcôves, irriguée de couloirs qui nous emportent déjà dans une autre époque. C’est dans ce cadre que Benjamin Lazar, comédien et metteur en scène atypique, nous replonge au 17ème siècle, nous proposant de découvrir un texte de Savinien de Cyrano de Bergerac. Oui, celui du «pic», du «cap» et de la «péninsule» !

Et quel texte !

«L’autre monde ou les états et empires de la lune». Un nom déjà plein de promesses excentriques. Nous sommes dans les années 1600, et Cyrano de Bergerac nous parle d’anticléricalisme, d’antimilitarisme, d’insoumission, mais aussi d’homosexualité, d’anthropophagie, et dans un esprit visionnaire, il évoque l’évolution des moyens de communication (la science est en plein développement à cette époque), en racontant ce peuple de la Lune dont les livres ne se lisent plus mais s’écoutent en «cliquant» sur les chapitres ! (ndr : pas dans le texte original bien sur)

Et quelle mise en scène !

Dans le noir précurseur de l’ouverture de rideau, arrivant de la salle, Benjamin Lazar monte les quelques marches qui le mènent à la scène, s’éclairant simplement de bougies. Ainsi commence la narration, dos aux velours, dans une belle intimité. Puis quand s’ouvre le rideau, les «spotlights» - une file de bougies posée au sol - nous font découvrir le décor. Une chaise, un escabeau de bois, un pupitre. Deux musiciens, assis, leurs instruments accrochés derrière eux sur des portants de bois également. Une viole de gambe, un théorbe, une guitare, un luth… L’ambiance est posée. Avec les premiers mots, prononcés avec un accent rocailleux et comme nous ne le faisons plus (essayer cette même phrase en prononçant toutes les lettres de fin de mots !), s’invite tout un univers fantasmagorique - Méliès, De Vinci, Jules Vernes - et poétique proche de Molière qui fut un des amis de Cyrano. Grand moment que nous offre Benjamin Lazar, car nous sommes dans le théâtre populaire, accessible, ce qui ne veut pas dire de moindre qualité ! Tous ces «efforts» justement, pour retrouver cette proximité qu’était le théâtre de l’époque, sans les artifices que l’on retrouve souvent sur les scènes actuelles (aucune régression dans ces propos car certains artifices contemporains sont tout à fait de qualité). Et quelle belle idée de faire revivre ce texte de Cyrano de Bergerac, qui n’est pas seulement l’amoureux transis de Roxanne qu’Edmond Rostand a immortalisé. Contrairement à sa version des choses, Cyrano n’est pas mort au couvent mais, tel le libertin qu’il était, malade de la syphilis («plus jaune que vielle morue» dit-il), transporté à la campagne chez l’un de ses cousins… C’est ainsi, qu’une fois sorti du lieu, de l’ambiance diffusée par ce spectacle, mon premier souhait a été de rechercher ce texte, subversif et impubliable en son temps, lu dans son caractère original seulement par quelques amis proches (après sa mort, le texte a subi censures, modifications et mutilations de la part de la «confrérie de l’Index» qui faisait la guerre aux philosophes et libre-penseurs), tant il m’apparait actuel.

Alors, j’ai pensé à vous, très chers lecteurs car, même si la pièce ne se jouait que jusqu’à la fin avril, le texte est à découvrir, et il se trouve là, sur Wikipédia.

Et si vous entendez parler d’un spectacle mis en scène par Benjamin Lazar, dites-le moi, je m’y précipiterais !

 

Didier Boyaud

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 REVUE XXI (livre, revue)

Deuxième numéro de cette revue distribuée en librairie, pas en kiosque*, superbement réalisée, pas une ligne de pub, et

"Prendre le temps, se décaler, redonner des couleurs au monde, de l'épaisseur aux choses, de la présence aux gens, aller voir, rendre compte : telle est la volonté de XXI" annoncent Patrick de Saint-Exupéry et Laurent Beccaria dans l'édito du premier numéro de la Revue XXI.

Dans le premier numéro, un article très documenté sur «La France de la désobéissance» la désobéissance citoyenne qui relit un des articles de la première Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen du  Juin 1793 «Quand le gouvernement viole les droits du peuple ; l'insurrection est pour le peuple et pour chaque partie du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.»

 

C'était l'article 35, qui a été retiré, on se demande pourquoi.

 

Norbert Gabriel

 

www.leblogde21.com

 

* vous pouvez le demander à votre kiosque habituel, votre marchand de journaux, il doit être au courant, le mien fait bien la démarche ! signé : didier le webdoigt

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