n° VINGT-DEUX - juin 2008

 
 

 10ème FRANCOMANIAS DE BULLE

 POURQUOI ILS CHANTENT

 

 MEDIAS

 HOMMAGE ET COMPLEMENT
 
 

 

   
 

  10ème FRANCOMANIAS DE BULLE (Suisse)

 
       
   

Joyeux anniversaire !

Pour ses dix ans, le Festival accueille, du 29 avril au 4 mai, plus de vingt artistes, majoritairement francophones. Concerts en première suisse, créations, retrouvailles et découvertes… et la sortie d’un livre qui évoque toute l’aventure des Francomanias (www.francomanias.ch pour commander) marquent cette édition. Va falloir jouer serré pour ne rien rater…

Alors comment on fait ??? Je vous ai préparé des interviews, des comptes-rendus de concerts et des surprises.

Allez c’est parti, voici l’histoire de «Nadine aux Francos».

 

Premier jour :

Je viens assez tôt pour prendre la température, me balader un peu, découvrir les lieux. L’ambiance est à la fourmilière, on croise de nombreux bénévoles fiévreux, la fête couve et se prépare. Sous la tente sont installées deux radios, pour les directs et les interviews. Le poste d’observation ne me semble pas mal.

Au programme ce soir :

Ridan, Renan Luce, Michel Fugain et « En fan de la planète ».

Créé spécialement pour le festival, ce dernier spectacle réunit plus d’une dizaine d’artistes suisses qui ont préparé chacun pour l’occasion une chanson sur le thème incontournable de l’écologie et du réchauffement climatique. Parmi eux, je croise sous la tente K, François Vé, Thierry Romanens.

Mais déjà on m’appelle : Michel Fugain m’attend au bistrot, 1er frisson…

 

photo : Rosette Dupré

 

NM : Michel vous êtes une espèce de cas particulier dans le sens que les gens vous aiment, non seulement en tant qu’artiste, mais aussi au-delà, en tant qu’être humain…

MF : Le chanteur a un rôle de saltimbanque. Il est là pour parler, évoquer depuis l’Antiquité (parler de la vie, l’amour, la mort) d’une façon positive, légère et lucide. Pour moi ce n’est pas imaginable d’être neutre… nous sommes des transmetteurs d’énergie…

NM : D’accord mais en lisant les blogs, les forums, on s’aperçoit que les gens sont attachés à l’homme avant tout… Vous semblez véhiculer des valeurs qui touchent le public.

MF : Mais c’est parce que je dis ce que je pense, je ne suis pas politiquement correct, je mets des coups de pieds dans la fourmilière… Et je crois qu’une partie de ma personnalité peut être rayonnante, capable de fédérer les gens autour de moi.

NM : Justement, pour cet album vous vous êtes de nouveau entouré d’une «équipe», un peu comme lors de vos débuts. Vous revenez aux sources après ces années de carrière solo ?

MF : J’ai fait du solo, de la comédie musicale mais aussi des choses communes. Quand j’ai arrêté les troupes, je me suis arrêté 8 ans. Quand j’ai recommencé, il n’était pas pensable de faire autrement que de former une équipe à nouveau, mon retour veut être une espèce de quintessence des décennies passées. J’ai toujours eu ce même type de comportement, enraciné depuis la famille. La maison paternelle était toujours pleine de gens. Je n’imagine pas la vie sans amis autour.

NM : Y compris pendant la phase de création des chansons ?

MF : C’est effectivement le seul moment où je préfère être seul. Pendant la création. Ce qui n’empêche qu’une partie de la création peut être faite par l’un, terminée par l’autre.

NM : Dans le dernier album, comment s’est déroulée la récolte des chansons ? Vos amis vous ont donné des textes ? Suivi des directives ?

MF : Pas du tout. Je suis très peu intervenu pour donner des directions. Cependant, les textes ont tous le point commun d’un regard doux-amer sur le monde. J’ai essayé d’y amener juste un peu de dérision, de façon à dire ces choses de manière plus légère, vers du plus positif, pour que ça ne plombe pas. Aller vers l’espoir.

Vous savez,  l’émotion pure est un truc de saltimbanque. Quand on fait un spectacle, on cherche quelque chose de «sociétal». Les gens viennent voir quelqu’un (là, nous sommes 7 sur scène) et espèrent une rencontre chaleureuse, chaude. Il faut utiliser la vision de ce qu’ils vivent tous les jours et qu’ils partent en ayant rencontré un «homme», les yeux pleins d’étoiles.

Sa femme : Pendant la séance d’autographes, il peut passer des heures avec son public, à les écouter…

MF : Je n’aime pas le mot public, il y a un peuple…

NM : J’ai appris également que vous aviez été chanter dans les prisons. Comment ça s’est passé ?

MF : Ca ne passe pas de la même manière. On repart, et ils restent. J’ai essayé de communiquer avec des détenus, mais ce sont des «faux rapports». On repart un peu amer avec l’envie de dire à l’administration et au système que c’est dur, et ça fait mal aux tripes. C’est idem pour des enfants sur un lit d’hôpital, avec une épée de Damoclès suspendue au dessus d’eux et qui ne vont plus en sortir.

NM : Mais c’est important d’avoir ce genre d’implication pour vous en tant qu’artiste populaire ?

MF : C’est quoi un artiste ? Je me suis posé la question entre 1981 et 1986 et je me suis dit « pourquoi recommencer », j’avais l’impression d’avoir tout fait. Puis j’ai rencontré des gens qui avaient écouté mes chansons et m’ont renvoyé ce qu’ils y ont pris. Et je m’y suis remis…

Un artiste, est-ce que j’en suis un ? Pourquoi moi et pas un autre ? J’ai une théorie là-dessus : je crois qu’on est «sécrétés» par la société qui fabrique ses médecins, ses paysans, ses saltimbanques… chacun ayant une mission à accomplir. Ceux qui s’autoproclament artistes sans l’être vraiment finissent au chômage. J’étais fait pour ça, je suis utile à ça dans cette société.

NM : On a le sentiment qu’en suivant le fil de votre carrière, on suit le fil de votre vie, comme dans un livre…

MF : Je ne truque pas.

NM : On se retrouve dans un cheminement humain classique (avec ses descentes et  ses remontées)…

MF : J’ai toujours été marqué par mon père qui n’a jamais triché. C’est un médecin généraliste en or, de légende. Il tutoyait tout le monde pareil. Ce que je fais c’est ce que je vis. Je n’ai pas d’ego et il n’y a pas de distance entre ma vie et mon travail.

NM : Comment ça s’est passé avec Leprest ?

MF : Allain est ma légion d’honneur. Incroyable écriture de Leprest ! J’ai une chanson prête pour lui sur mon piano. C’est un pur et un poète.

NM : Une évanescence dans un corps de chair ?

MF : Exactement.

NM : Connaissez-vous des artistes suisses ?

MF : Pas beaucoup. De plus, de passage, je ne pourrai pas en profiter. Mais il me semble qu’ici, il y a une culture identitaire, mais qu’on ne la sent pas vraiment. Il y a quand même un truc chez les jeunes suisses …

NM : Serait-ce la conscience ? Ou la citoyenneté…

MF : Exactement ! La conscience d’un petit peuple par rapport au gros rouleur de mécanique d’à côté, une approche différente de la vie, des choses de la vie, de sa place, des conséquences. Une humilité qui peut créer un complexe… J’aime bien venir en Suisse.

NM : Pourquoi prendriez-vous un billet pour aller écouter Michel Fugain en concert ?

MF : Je ne suis pas sûr d’y aller, surtout s’il fait pareil que moi !... Venez-vous au spectacle ce soir?

NM : Malheureusement pas, mais j’enverrai un espion !!

MF : C’est ce que je suis maintenant. Le récital, avec les tubes à la fin, ça me fait chier. Je m’emmerde en voyant les récitals de mes confrères. Ce spectacle raconte une histoire qui va intéresser ceux qui ont des points communs dans leur histoire, avec ce qui se raconte. Je vais bien en faisant ce que je fais, en cherchant ce que je cherche… Voilà, j’irais voir un mec qui raconte une histoire sur une scène.

Je fais mon boulot et le décor de la vie des gens. Les romanciers, c’est pareil, ils jalonnent une vie. On intervient dans l’irrationnel, l’affect. On est des faiseurs de vent.

NM : Vous avez dit quelque part : «Maintenant, les artistes sont faits par et pour les médias, ce n’est plus le public qui choisit».

MF : Pour eux, le public a toujours tort… L’artiste doit s’imposer. L’artiste ne doit plus avoir de pression. Un succès jalonne, un échec apprend. C’est une lente construction. Plus on avance, plus on est passionné.

NM : Quel âge avez-vous ?

MF : J’ai 66 ans.

NM : Allez, un ptit câlin ?

 

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photo : Nicole

 

Je vous livre le compte-rendu que ma collègue-espion m’a communiqué après le concert de Fufu :

«21h30 : Michel Fugain entre en scène. Pantalon blanc, chemise bleue nuit et veste en cuir, la classe quoi... Moi je m'étais arrêtée au Big Bazar et bien sûr les incontournables tubes. Entouré de six excellents musiciens, la complicité est palpable. Alternant pots - pourris et nouvelles chansons, il a une pêche d'enfer et quand il donne son âge, là je dis Monsieur. Le public est conquis mais reste assis (mais peut-être qu'un bon nombre ne serait pas venu si le concert était debout, âge oblige !!).  Au fil des chansons, Michel Fugain vide sa valise remplie de 45 ans de souvenirs (La forteresse, Je n'aurai pas le temps, Les Acadiens, Une belle histoire et tant d'autres). Après plus de deux heures de concert le public se lève enfin sur Viva la Vida. Le temps a passé vite trop vite en votre compagnie. Bravo et merci, la rencontre fût belle.» Rosette Dupré

 

Deuxième jour :

Aujourd’hui, je me réjouis de découvrir les 3 salles dans lesquelles s’alternent les concerts. Pas d’interview prévue, je prépare donc un programme optimal pour avoir plein de choses à vous raconter.

Au programme ce soir :

Underschool Element, the Young Gods, Jeanne Cherhal, Thomas Dutronc et Yves Simon.

Je rencontre des amis journalistes sous la tente. J’ai rien à faire en attendant le premier concert… alors je me colle à l’un deux comme son ombre et je le suis : direction Thomas Dutronc ! Surprise number one !

 

«NM : vous vous attendiez à un tel marathon quand votre album est sorti ?

TD : Non, mais bon, le disque sort, il marche bien, entre temps arrivent plein de dates…c’est le problème des professions libérales : on accepte le travail quand il y en a ! Mais c’est un métier à double tranchant, très fatiguant et extraordinaire en même temps.

NM : Vous êtes content du résultat de votre travail d’enregistrement de cet album ?

TD : Construire un album n’est pas une mécanique précise, mais plutôt un assemblage de trucs improbables qui tiennent ensemble. Si on retire un élément, tout s’écroule. Le disque à la base devait être un support de promotion du spectacle, c’est pour ça qu’on a réalisé ça dans un esprit plutôt « home studio ». J’aime bien travailler un peu dans l’urgence avec des contraintes, s’adapter aux choses en présence. L’effet négatif c’est qu’on n’a pas le temps d’être perfectionniste de cette façon, mais je n’ai pas de frustrations, tout au plus des mini-regrets. Je n’ai jamais pensé par exemple au phénomène du « single » et toutes ces stratégies inhérentes au marché.

NM : Et la scène ?

TD : Ah ! Il y a beaucoup plus d’énergie qui se dégage du spectacle que de l’album, que j’ai fait en souhaitant que les gens l’écoutent, à la différence d’un album d’ambiance ou de la musique de fond… ».

Là, alors que la discussion s’engageait super bien, sa maman adoptive / maison de disque me prie de le libérer… mais ça fait seulement 10 minutes madame… Rien à faire, j’aurai même pas droit à un bisou. Thomas, si tu me lis, je te dis merci maintenant, parce que j’ai pas eu le temps je crois.

 

Décidément toujours sympathiques les majors, sentant peut-être leur fin toute proche….

 

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Concert :

La magnifique salle CO2 est bondée, Jeanne Cherhal, rayonnante et très jolie, nous offre un concert acoustique seule au piano. Excellente surprise, l’artiste reprend le chemin de la malice et de la fraîcheur qui nous avaient séduits sur son premier album live et qu’on croyait peut être perdus dans les couloirs du succès... Une gamine déguisée en femme… Avec ce timbre de voix qui se faufile entre celui du titi parisien et un lyrisme cristallin, le jeu de piano coloré, pas morose pour un sou, le concert nous embarque dans une joie rythmée par des mélodies aux accents inattendus, des cassures, des envolées, du danger, de la folie : il se passe quelque chose ! Jeanne Cherhal est drôle et le public suspendu à ses lèvres. Elle nous installe quasiment dans son salon, joue de son charme et parvient à créer une complicité sympathique, un lien amical qui ne souffrirait pas de porter un masque. C’est marrant, tout d’un coup, je pense à Marie-Paule Belle à ses débuts. Même délire dans la voix, même liberté, même complicité avec l’instrument… et même dans les textes, cet équilibre fragile entre mélancolie feutrée et provocation drôle. Les histoires de Jeanne sont savoureuses jusqu’au bout et nous, on est en train de vivre un petit miracle ! Chaleureusement applaudie, le public sort de la salle avec un très très grand sourire.

 

Bon, maintenant, j’ai un problème : vu que je me suis faufilée dans l’interview de Thomas Dutronc, déjà en train de se préparer pour succéder à Jeanne Cherhal, je me demande si je ne vais pas plutôt aller me laisser surprendre par The Young Gods, dans la salle de l’Hôtel de Ville… Etant donné que ces derniers ont fabriqué sur mesure ce concert pour l’anniversaire des Francomanias, qu’il sera exclusivement composé de morceaux en français et réarrangés pour l’occasion avec un quatuor à cordes, l’aspect création et exclusivité de ce concert, annoncé comme unique, me tente. Tant pis pour Thomas, nous aurons d’autres occasions !

Ta dâââ ! Nous y voilà ! Je vous avoue d’emblée mon ignorance : je ne les ai jamais entendus sur scène (shame, shame, shame). C’est pourtant l’un des rares groupes suisses s’étant imposés sur la scène internationale avec son style rock industriel puissant et l’utilisation pionnière des sons synthétiques et des samples.

 

Concert :

La formation accueille donc une section cordes et c’est assez beau à voir. Au début du concert, les musiciens sont assis à l’avant scène et on pressent que le moment acoustique sera fort. Il y a une tension dans la salle qui monte comme le suspense d’un bon polar, à l’image des ambiances sonores planantes et tendues, qui semblent prêtes à éclater. Le groupe est au bord de nous saisir les tripes dans les moments qui semblent littéralement «respirer» («comme l’océan, comme l’océan…») mais qui souffrent parfois de quelques mini longueurs. La voix du chanteur (Franz Treichler) puissante et habitée, un peu noyée dans les effets, se fond dans le son du groupe à l’image d’un instrument, pour de longues rêveries hypnotiques, délicatement électriques. Quelques transes fines aux accès électro font bouger toute la salle : les moments forts sont très très forts !!

Je décide que ça valait la peine de découvrir. Dans le hall, on perçoit peut-être un peu de déception pour les purs fans qui s’attendaient à plus de bruit et de fureur, mais le tour était un défi et les Young Gods se sont pas contentés d’épurer leurs compositions pour créer un concert acoustique : ils leur ont rajouté une parure précieuse. Moi je dis bravo… et bonne nuit !

PS : pour Yves Simon, c’est  pas grave.

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Troisième  jour :

Journée placée sous le signe de l’énergie ! Pas la mienne, encore que, j’ai des réserves sous la pédale. Ce qui passe bien c’est qu’il ne sera pas nécessaire ce soir de tourner de salle en salle, toute la programmation étant regroupée au même endroit.

Au programme ce soir :

photo : Rosette Dupré

 

Da Silva, La Rue Kétanou et Cali. Va falloir manger des oranges !

2ème frisson : Cali annule mon interview … merde alors, je ne vais pas laisser faire ça et je vais camper dans son sillage pour  l’attraper dès que possible. Bingo, la persévérance est l’une des qualités du métier…

 

«NM : merci de m’accorder quelques instants. Entre chanteur engagé et chanteur qui s’engage, entre autres pour les artistes émergeants, il existe une nuance. Vous êtes très proche de la jeune création et vous faites beaucoup pour elle, notamment en ayant accepté de parrainer les Rencontres d’Astaffort…

C : Astaffort, c’est magnifique. J’ai vu des choses fantastiques là-bas. J’ai vu des chanteurs, des musiciens avec qui la mayonnaise a pris. Des chansons ont été créées devant nous en direct. Des groupes se sont formés. Il y a un groupe qui est parti de là-bas, qui s’appelle Daguerre et qui est avec nous sur la route. On est avec eux, on les suit. Ça va être un des plus grands groupes en France. Ils sont deux, c’est des Basques, leur poésie punk, pour moi, c’est ce qu’il y a de plus haut actuellement.

NM : vous avez également monté un studio chez vous à Perpignan, dont vous faites profiter largement les jeunes groupes je crois…

C : j’ai monté un studio d’abord pour moi mais comme il marche bien, j’en fais profiter des gens que j’aime bien. Sur la route, on me donne beaucoup de choses à écouter, des disques, des cassettes ; j’écoute ça avec beaucoup d’attention. Je contacte des gens, on essaye de faire des choses, mais il n’y rien d’exceptionnel dans ce que je fais. Il y a des gens qui l’ont fait pour moi et je passe un peu le flambeau. En parlant de ça, je suis parrain de C.Q.F.D (Ndlr : Ceux qu’il faut découvrir - une compil annuelle des Inrockuptibles). Ce sont des groupes en France qui envoient leurs démos, la semaine dernière j’ai écouté chez moi 101 groupes et j’ai été complètement bluffé. On a en partout en France des choses incroyables. Cela me touche beaucoup. Il faut que les maisons de disques fassent leur boulot, il faut que les directeurs artistiques aillent voir les festivals, comme Bourges par exemple, il faut aller voir les scènes découvertes, il faut pas rester au bar VIP à boire des coups et laisser les jeunes jouer tout seuls. C’est bien de cueillir le bonheur à droite et à gauche, mais il ne faut pas oublier les autres.

NM : quand vous repensez aux premières années de galère, avez-vous des regrets ? Des nostalgies ?

C : j’ai la nostalgie des moments où rien ne se passe et où on est juste heureux d’être dans une cave à répéter, répéter… on est super fiers des chansons qu’on enregistre, on se dit c’est notre petit bijou et on l’envoie à des maisons de disques et on attend des réponses, j’ai adoré ces moments-là. On ne sait pas… Peut-être qu’aujourd’hui le facteur va nous dire qu’une maison de disques a aimé ou qu’un tourneur a aimé. Ce moment-là ça a été très fort, laborieux mais jamais de la galère. Galérer c’est quand on a un bon niveau et qu’on n’est pas reconnu. Moi j’ai jamais eu ce niveau là. J’ai démarré comme un imposteur, j’ai travaillé ma guitare. J’ai progressé et j’ai toujours été avec des gens qui m’ont emmené plus haut. Je crois que le jour où j’ai signé avec la maison de disque labels / Virgin ce jour-là j’étais prêt. Le jour d’avant j’étais pas prêt. J’ai eu beaucoup de chance.

NM : vous avez probablement fait tout ce qu’il fallait, il n’y a pas que la chance…

C : mon papa, qui n’est plus là aujourd’hui, m’a dit un jour quand j’étais jeune : «  tu peux faire des conneries dans mon dos je le saurai jamais, mais sache un truc, je te fais confiance ». Le fait qu’il m’ait dit  cette phrase, je n’ai jamais fait de grosses conneries, parce que je me suis dit que j’allais pas trahir sa confiance. A côté de moi, j’avais des copains avec des parents très sévères qui interdisaient tout et ils ont fait les pires conneries dangereuses pour leur vie. J’ai eu des exemples dans ma famille, comme mon grand père qui a donné sa vie pour lutter contre tous les fascismes, de force et de droiture. Quand on est droit, on finit par arriver.

NM : vous avez bossé avec Mathias Malzieu (Dionysos) pour cet album…

C : Dionysos c’est l’un des meilleurs groupes de rock qu’on ait actuellement en France. Et Mathieu donne des pistes d’imagination infinies, c’est extraordinaire de collaborer avec lui…

NM : et sinon, après quoi vous courez ?

C : l’amour. En ce moment je suis amoureux et quand on l’est, on fait tout pour le préserver. Quand on n’est pas heureux, on fait tout pour trouver l’amour. La révolution aussi.

NM : comme dans votre chanson Résistance ?

C : c’était une chanson sur l’instant, un espèce de bouclier de guérison. Le jour des élections, le 6 mai 2007, j’ai pleuré. La soirée au Fouquet’s retransmise pendant quatre heures à la télé était une véritable insulte à la pauvreté. La chanson m’a aidé à passer des pleurs à la lutte. Je me suis dit « il fera pas ce qu’il veut ».En ce moment d’ailleurs les lycéens de France sont dans la rue, on veut supprimer des postes d’enseignants comme par hasard dans les matières artistiques. Quand on traite les jeunes avec mépris on crée une source de violence. Cette France à deux vitesses, les nantis face à marche ou crève c’est pas mon pays. Mon pays c’est celui des droits de l’homme. 

NM : Allez, un ptit câlin ??»

 

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photo : Nadine Mayoraz

 

Concert :

J’arrive à point pour le concert de La Rue Kétanou. Fidèles à leur image, les trois musiciens nous emmènent dans la rue, celle qui les inspire, celle dans laquelle ils traînent. Avec leur naturel et leurs bouilles sympathiques, on a devant nous des potes. Ils enchaînent les anciens succès et les nouvelles compositions, tout aussi chaleureuses, nomades, gaies. Un cajon, une guitare, un accordéon et leurs trois voix cassées par les fêtes et les nuits de rigolade suffisent pour mettre le feu à la salle.

La caravane s’ébranle, les gitanes dansent, les hommes chantent, on est en plein voyage !

 

photo : Rosette Dupré

 

C’est ensuite Cali qui monte sur scène après un long changement de plateau. On a installé un immense écran de projection en arrière scène. J’en profite pour saluer l’énergie énorme que déploient les techniciens pour que tout soit en place le plus vite possible. Sachant que le dernier passage de Cali aux Francomanias avait déclanché l’hystérie, je suis toute excitée d’être là. J’ai réussi à me dégoter une place tout devant, mais ça pousse, ça tire, une marée de gens s’approchent et se serrent pour voir le phénomène de plus près.

Et quel phénomène !! Il court, il court, apostrophe le public, descend dans la foule qui le porte à bout de bras… Ouf ! C’est sur scène que l’on perçoit toute l’ampleur de son engagement, il revendique le poing levé, avec force et énergie le bien-fondé de ses combats, car beaucoup des chansons sont clairement engagées, à l’image des projections jamais décoratives qui habitent l’espace (camp de concentration des réfugiés espagnols, grèves, manifestations…). C’est du théâtre, dans le sens dramatique et puissant du terme. On en prend plein les yeux et les oreilles. Derrière lui, Richard Kolinka (ex-batteur de Téléphone) ne lésine pas sur les jeux de baguettes (presque pénible), tel une majorette velue… Les fans ont confectionné des cœurs rouges qu’ils brandissent à but de bras, «1000 cœurs debout», Cali les reçoit en plein cœur. Il donne et il reçoit. Il se prête d’ailleurs après le concert au jeu des autographes et des photos, épuisé mais heureux, avec une gentillesse étonnante. 

 

Nadine Mayoraz

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Dernier jour :

photo : Laura Pythoud

 

Jean-Louis Aubert.

 

Il faut dire qu’il était attendu, le Jean-Louis !

Dominique Rime, le boss des Francomanias l’avait programmé en 1987, alors que les Francomanias n’existaient pas encore. Téléphone venait de se séparer et le concert donné à l’Hôtel de Ville de Broc n’avait pas rempli la salle… Depuis, Dom rêvait de voir JLA fouler les planches de l’Hôtel de Ville. Mais avec les Francos qui ont lieu tous les 2 ans, les dates de tournées de l’artiste et les autres contrats, Dominique a du attendre 18 ans… Et encore ! Pour que le rêve devienne réalité, il a fallu ajouter un jour au festival et mobiliser les bénévoles un jour de plus… Donc, Jean-Louis était là pour fêter la 10ème édition… Se produisant seul, il arrive, pieds nus, de noir fluide vêtu. Sur scène, un piano, des guitares, bien sûr, et des percussions. Jean-Louis prévient qu’on va traverser 30 ans de carrière. Le public chaleureux et impatient n’attend que ça. Dans l’intimité de la salle, Jean-Louis émaille son parcours musical d’anecdotes drôles ou émouvantes. Clins d’œil à ses potes des premiers concerts… La voix de JLA n’a pas changé. Cela lui permet d’interpréter les succès du début avec la même fraîcheur. Il s’est offert une «pédale magique» lui permettant de jouer avec les sons et le public, de faire des boucles. Les images projetées en direct et les ambiances subtiles créées par les jeux de lumières nous embarquent dans son univers tantôt apaisant, tantôt énergique, mais toujours serein. Aubert, par son sourire, sa complicité avec le public n’a pas besoin d’en faire des tonnes. Il chanterait sans micro que ça passerait pareil tant la salle est réceptive. Parti de «Vaudou», on traverse les années téléphone avec «Métro…», «la bombe humaine», «Les plages» bien sûr… Plus tard, au piano, JLA entame « Le jour s’est levé », composé pour la naissance de son fils… Encore un moment hors du temps… fragile, beau ! Puis les différents albums, pas forcément que les tubes. Le public, en douceur, accompagne Jean-Louis. Il peut alors jouer sur les nuances et on partage un moment de communion sur «Commun accord». Hommage à Barbara, «Alter ego» suivi d’un «Dis quand reviendras-tu» à filer des frissons. Oui, un ange noir a survolé l’Hôtel de Ville. L’attendu «Temps à nouveau» a permis à tout le monde de se lâcher. Pas vu le temps passer qu’arrive déjà «Voilà, c’est fini». Mais le public demande «Un autre monde». Souriant encore, JLA nous offre ce dernier cadeau. Puis, c’est vraiment fini, en douceur, en tendresse… La salle se vide au ralenti… On n’a pas envie que ça se termine, cette édition des Francomanias était spéciale. On travaille le lendemain, mais on veut prolonger le plaisir… Au bout de 20 minutes, Dominique revient sous la coupole annoncer les dates des prochaines Francos. Et Jean-Louis arrive, porteur d’un énorme gâteau, celui qui fête la 10ème édition.

Surprise et émotion pour Dominique qui vit son rêve. La semaine ne pouvait pas se terminer autrement !

Elle s’en est allée de la plus belle manière, sereine et souriante, semant plein d’étoiles dans les yeux et le coeur de tous…

 

 

photo : Nicole

 

Merci Jean-Louis, Immense Merci Dominique.

 

Nicole

 
   

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 POURQUOI ILS CHANTENT

 
 

 

 
 

 

Editions Tirésias  «Elles et eux et la chanson»

 

Ils sont 56 à s’être confiés à Véronique Olivares et Michel Reynaud, pour parler des raisons qui les ont poussés à choisir la chanson et un métier souvent incompris «et à part ça, vous faîtes quoi ?»  un métier souvent ingrat, mais les passions sont rarement simples. La première évidence qui s’impose, c’est le choix de la bonne question.  La plupart des interviews abordent le comment, mais rarement le pourquoi. Pourquoi ils chantent ?

Cette proposition a été envoyée à tous les artistes de la chanson, 56 sont allés  jusqu’au bout de l’introspection. De Keny Arkana à Didier Wampas, on croise aussi Jean Sablon, Nougaro  et Léo Ferré en invités exceptionnels, ce sont leurs héritiers qui ont suppléé à leur absence. Si tout le monde reconnaît l’importance de Léo Ferré , il est bon de saluer Jean Sablon, un homme dont le talent et l’élégance ont eu peu  d’équivalent dans le monde artistique. Et un précurseur. Grâce à lui, et à l’outil-micro qu’il a imposé, la chanson a pu exprimer des sentiments nuancés, des sensibilités nouvelles, peu accessibles aux grandes voix qui devaient porter jusqu’au dernier rang. De Graeme Allwright à Olivia Ruiz, Leprest, Thiéfaine, Kent, Anna Prucnal, Aznavour, tous ont ouvert des pages secrètes de leurs histoires de vie pour cet ensemble exceptionnel, 800 pages, 56 témoignages qui  abordent pour la première fois la joie et la douleur de chanter.

 

 

Michel Reynaud : nous avons écrit à tous, sans aucune forme d’a-priori, de Mireille Mathieu à Lény Escudéro, et ceux qui ne sont pas présents, c’est simplement qu’ils n’ont pas répondu, malgré des relances, ou pour quelques uns, ça n’a pas été possible. Il était important d’avoir aussi les héritiers de Jean Sablon qui  a été un personnage très important de la chanson, il ne faut pas oublier que c’est lui qui a imposé dans ses chansons, des solos de Django, dès 1935-36, c’était rare, le jazz dans la chanson. On n’a pas pu avoir Adamo, qui nous a envoyé une jolie lettre... Je regrette que Sardou ne soit pas là, on peut critiquer l’homme mais il a une place dans la chanson. Ce livre appartient à une collection (Elles et eux,)  qui explore la mémoire collective. On récolte ce qui peut être notre terreau humain. On a mis 3 ou 400 noms, et on a eu 65 interviews,  quelques unes qui n’ont pas abouti, chaque fois la personne interviewée lit son interview, c’est un danger énorme, en entretiens, ils sont très spontanés, ensuite il y a eu des discussions, mais pas question de retirer ou censurer certains propos, et très important, toutes sont en une seule prise, on n’a pas voulu revoir ou compléter ou revenir sur les sujets ...  

Véronique  Olivares : pas grand-chose à ajouter, sinon que ça nous a pris 3 ans, entre les premiers contacts et la concrétisation.. Parfois c’est long, Akhénaton a été d’accord dès le début, et on s’est vus 15 jours avant la fin... Le constat c’est qu’il y a toujours beaucoup d’humanité et d’émotion, et que la chanson est un art vivant, je suis assez d’accord avec Kent quand il dit la chanson est un art qui fait d’abord penser à soi, une expression qui accompagne notre vie quotidienne, celle de nos parents et de nos grands parents, MR :  je me suis aperçu très  vite que c’est un monde de la douleur, de la violence rentrée, très difficile, c’est une remise en cause permanente, il n’y a jamais la certitude d’être arrivé, et il y a cette violence permanente à se faire pour aller sur scène, et le doute, tous se disent timides, tous se font violence pour aller sur scène..

V O : et tous nous ont dit qu’aurais-je pu faire d’autre ? c’est leur mode d’expression, il y  un véritable engagement de la personne, et même chez les plus légers il y a ce respect du public.. C’est un vrai travail qui remplit des journées entières plusieurs mois pour offrir au public u spectacle réussi.. Quand on les voit sur scène, le public ne se rend pas forcément compte... 

MR : La chanson est  une suite d’instants, c’est un art de l’instant... On a voulu aussi une rencontre très poétique,  peu importe ce qu’ils chantent,  ce qui compte c’est ce rapport avec cet instant, l’instant avec lui-même, ce qu’il dit, ce qu’il chante et l’instant avec le public..  

VO : le concert est aussi un moment unique chaque fois... avec des risques de la vie quotidienne qui peuvent perturber l’homme, mais l’artiste doit passer outre.

MR : Ce qui est primordial, c’est profession chanteur, c’est le point important, il faut qu’ils se définissent «Chanteurs» Pas éditeur, ou profession annexe de la chanson...  Marie Paule Belle qui fait beaucoup moins de concerts est restée chanteuse... une femme qui chante... Nous avons osé prendre Patrick Sébastien, c’est un homme qui a une grande conscience professionnelle, un grand respect du public et qui aime vraiment les artistes. C’est un point sur lequel tout le monde est d’accord le respect qu’il porte aux artistes..

VO : et il y a quelques artistes de la génération Rap, parce que c’est une expression qui reflète tout un pan de la jeunesse d’aujourd’hui... il fallait qu’ils soient là...

MR : comme Olivia Ruiz, qui s’est découverte comme elle l’a fait rarement, elle s’est trouvée en phase avec Véronique, l’une fille, et l’autre petite fille de républicains espagnols qui portent cette humiliation d’une génération à l’autre.. Comme Kolinka, et Cali... ils doivent accepter une sorte de reniement pour se faire accepter..

VO : et beaucoup ont un rapport très fort avec l’histoire., ils se posent des questions importantes....

MR : Un des problèmes qui est apparu,  c’est l’entourage carnassier qui veut exister au travers de l’artiste, et qui peut être très sclérosant, qui les infantilise.. Le rapport de la femme avec son chanteur de mari est aussi très très bizarre*... Un des points aussi qui est à noter, c’est la reconnaissance de Leprest, unanime..

 

Cet ouvrage est monumental, tant dans le fond que dans la forme, oubliez l’idée de le feuilleter en faisant la sieste, prenez un bon fauteuil.. Rarement, voire jamais, les entretiens n’ont été aussi fouillés, approfondis, et peut-être uniques dans les propos confiés. Beaucoup d’artistes ont dit, après lecture, c’est l’entretien le plus profond que j’ai eu de toute ma carrière. Une sorte de radioscopie, pour les 56 invités qui ont confié,  «Pourquoi ils chantent...»

 

Norbert Gabriel

 

* Brel définit la femme du chanteur «il faut qu’elle soit là avant sans qu’on la voie, il faut qu’elle soit dans la salle pendant le tour de chant, il faut qu’elle soit là à la fin mais qu’elle disparaisse quand les gens arrivent dans la loge, qu’elle rentre vite à la maison faire à manger, et qu’elle soit sur le palier quand il arrive, en disant bravo c’était mieux qu’hier... cette femme-là n’existe pas...» («la nostalgie n’est plus ce qu’elle était») dans ce livre autobiographique, Simone Signoret  explique avec beaucoup de finesse et de précision ce qui fait la particularité de l’artiste de music-hall,  cette situation unique de quelqu’un sur qui tout repose pour que le spectacle soit réussi. Et qui peut être déstabilisé par un incident, un musicien qui se trompe, un projecteur pas en place...  ça explique pourquoi les chanteurs trouvent très confortable de faire du cinéma, où ils sont une pièce du puzzle, à responsabilité limitée,  et pourquoi les comédiens ont envie de chanson, pour être seuls maîtres à bord, et non plus une pièce dans un ensemble qu’ils n’ont pas construit.

 

www.editionstiresias.com

 
   

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  HOMMAGE ET COMPLEMENT

 
   
 

 

Coup de chapeau à Pascal Auriat, Jean Bouchety et Serge Lebrail, co-auteurs* du grand succès de Pascal Sevran «Il venait d’avoir 18 ans»... et qui sont assez curieusement escamotés quand on cite ce super tube interprété par Dalida. Succès mérité, car la chanson est de qualité. Sur les 350 chansons de Sevran déposées à la Sacem, c’est la seule qui reste dans les mémoires.

Il est toujours délicat, voire inconvenant de tirer sur un corbillard, mais la déferlante de dithyrambiques hommages sur le rôle dans la chanson française de Pascal Sevran mérite un peu de remise en perspective. L’enquête de Laurent Balandras, en Septembre 2007 pointe quelques faits ... disons troublants... Peut-on être une référence es-chanson francophone en publiant un dictionnaire de la chanson qui «oublie» Gainsbourg, Bourvil, Souchon, Higelin, Lavilliers, Marianne Oswald, Nino Ferrer ou Boby Lapointe ? (Le Dictionnaire de la chanson française, Carrère, Paris, 1986.)

C’est une bonne question... Je vous laisse réfléchir à la réponse.

Outre la polémique étrangement ressurgie un an après la publication d’un livre, Sevran a écrit des pages remarquables, en particulier celles de «La vie sans lui» après la mort de son compagnon. Livre à lire en zappant définitivement la B.O. de «La chance aux chansons» ou «Chanter la vie». Pour incompatibilité d’amour des textes.

 

Mini décryptage : pourquoi je n’aimais pas les émissions ? parce que j’en ai regardé 2 ou 3 quand il y avait des gens que je connaissais dans le programme. Et voilà ce que j’appelle une escroquerie : une chanteuse est invitée, elle interprète une chanson enregistrée dans une ambiance swing manouche, c’était en 98 ou 99, au début de revival manouche. Elle est accompagnée par deux guitaristes qui jouent souvent avec Romane, et qui vont jouer aussi avec Sansévérino, en 1999/2000, pas des approximatifs du genre... C’est un play back, on voit donc la chanteuse à l’écran, on entend le son des guitares manouches, et on voit à l’écran – en gros plan- un des musiciens de l’émission faire le mime en «jouant» sur une guitare type classique, en jouant des notes médium grave, quand on entend le son cristallin des aigus façon «Selmer» (la guitare manouche par excellence) C’est du foutage de gueule. C’est une totale méconnaissance de son sujet, un total manque de respect des artistes, et des téléspectateurs, parce que même si le grand public n’est pas forcément attentif à ces détails, il reste néanmoins un ensemble à l’image artificielle, ça ne sonne pas juste, c’est comme les dialogues traduits dans les westerns des années 50, où les garçons vachers (cow-boy en V.O) s’expriment en termes académiques de bourgeois bostoniens, c’est peu crédible.

 

Norbert Gabriel

 

*Auteurs : Serge Lebrail et Pascal Sevran, compositeurs Jean Bouchety Pascal Auriat

 

   

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Petite revue de presse sur Max Amphoux

 

 

(....) Les papiers qui parlent de Max Amphoux ces jours-ci l'associent à des succès notoires et des artistes connus. Des tubes. Ces arbres qui cachent souvent une forêt à la biodiversité surprenante dont il fut toujours curieux. Max aida et soutint des anonymes, des improbables, des bizarres, des sursitaires parce qu'ils participent tous à la richesse de création. Avec Max disparaît un rempart de probité du monde musical. Des bulldozers avancent conduits par des ingénus indifférents à l'existence et au travail du bonhomme. La biodiversité pour eux est encombrante et non rentable, l'anonymat est une tare et la célébrité une plus-value boursière. Un mode de pensée qui tue plus vite que les Gitanes qui ont emporté mon ami. (Kent)

kent.artistes.universalmusic.fr

 

Dans le grand public, personne ne sait qui il était. Dans le monde de la chanson, tout le monde le connaissait : Max Amphoux, décédé la semaine passée, était un grand éditeur musical, indépendant, qui avait travaillé avec des artistes aussi divers que Bashung, Sheila, Renaud, Enzo Enzo, Clarika etc... Avec sa disparition, la lumière se pose un instant sur cette profession méconnue et pourtant essentielle d’éditeur. Son rôle : assurer la diffusion la plus large possible d’une œuvre, en plaçant des textes et des musiques auprès de différents interprètes, mais aussi en en glissant sur des B.O. de films, de pubs, de jeux vidéos... Métier pivot dans une filière en pleine mutation. Alors que les ventes de disques s’effondrent, que de nouveaux médias surgissent et que le spectacle vivant se tonifie, l’éditeur voit son importance croître, presque mécaniquement. Parfois, il déborde de son rôle initial pour endosser l’habit du conseiller artistique et financier. Max Amphoux était de ceux-là, s’engageant volontiers dans le développement de carrières là où les maisons de disques, en manque de visibilité, gardent bien trop souvent le nez dans le guidon (Valérie Lehoux, L’Espresso Télérama)

 

Combien de Présidents de La République, combien de stars du cinéma français, combien de Maires de Paris rendront hommage à Max Amphoux? (..........) Pendant 40 ans, Max a trimballé sa silhouette massive, la clope au bec, le sourcil froncé, pour dénicher un artiste, défendre une chanson, s'engueuler avec un patron de label ou un programmateur de radio, intransigeant sur la qualité professionnelle de ses partenaires, impitoyable face à la veulerie et aux impostures. On l'aurait dit tout droit sorti des "Tontons flingueurs", craint autant que respecté, capable d'anéantir d'un seul regard par dessus ses lunettes. Comme tous les ours mal léchés, Max était tout tendre à l'intérieur, se laissant affubler de surnoms ridicules par ceux qu'il aimait vraiment.
Il n'était ni auteur, ni compositeur, ni interprète. Un éditeur et un producteur comme il en reste peu. De la trempe des Francis Salabert et des Raoul Breton. Avec une qualité essentielle, un goût pour transmettre son savoir qui lui vaudra, longtemps encore, l'admiration de plusieurs générations de "professionnels de la profession". Cet amoureux de la chanson a oeuvré auprès d'artistes populaires et plus pointus, sans snobisme, de Marie-Paule Belle à Alain Bashung, de Demis Roussos à Jacno, d'Isabelle Aubret à Jean Guidoni, de Bibie à Kent, de Sabine Paturel à Joan-Pau Verdier. Il laisse quantité de refrains à la mémoire collective sans que nul ne sache qu'il fut derrière ("L'amour est bleu", "La parisienne", "Il", "Juste quelqu'un de bien", "Gaby, oh Gaby", "Quand t'es dans le désert"... Voir aussi le Blog de Philippe Barbot).
Ces dernières années, il a révélé Clarika, Lo'Jo ou encore La Grande Sophie, luttant à leurs côtés avec une hargne que déploient peu d'éditeurs musicaux. (Voir aussi le Blog de Baptiste Vignol)
Oui, Max était parfois casse couilles; Oui, on pouvait le prendre en flagrant délit de mauvaise foi; Oui, mieux valait ne pas être l'objet d'une de ses tonitruantes colères; mais putain qu'est-ce que ce type a fait comme bien à son métier, à ses artistes et à ceux qui l'ont côtoyé!

(Laurent Balandras)

labelenchanteur.blogspot.com

 

Et puis... sache que tu seras toujours là, quelque part à la sortie de scène, derrière un bout de rideau en velours, à me faire les gros yeux pour m'empêcher de retourner faire un deuxième ou troisième rappel (parce que le public, il "faut le laisser sur sa faim, bordel de merde !"), et moi j'y retournerai quand même, mais je sais que tu ne m'en voudras pas.

Clarika (dans une longue et jolie lettre, sur le blog de Baptiste Vignol « Mais qu’est-ce qu’on nous chante ?)

 
   

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SALUT A JEFF BODART

 

 

Un con a dit un jour "un malheur n'arrive jamais seul". Depuis d'autres cons reprennent la maxime lorsque le hasard joue les salauds.

J'ai appris la disparition de Jeff, Jeff Bodart, sur le chemin du retour du cimetière Montmartre où nous venions de faire nos derniers adieux à Max Amphoux.(.....)

La demi-mesure n'était pas de mise dans son existence. Il ne se voyait pas finir en papy ni même en papa. Il voulait goûter à tout, sans contrainte, à l'endroit et à l'envers. Il débordait d'enthousiasme pour les projets les plus fous. "La pêche, la pêche !" scandait-il rigolard pour nous faire avancer quand nous aspirions au hamac. Ses connaissances me laissaient pantois. Le savoir élémentaire et les derniers gossips, la géopolitique internationale et le plug-in du jour, il assimilait tout. Il était aussi le tonton de tous nos mômes. Il était l'ami qu'on rêve tous d'avoir. Et c'est peut-être ce rêve qui l'a tué. Il ne s'y est jamais soustrait, multipliant au paroxysme les liens autour de lui, de l'aube à l'aurore, usant, pour se faire, de tous les expédients calorifiques qui puissent se mettre en bouteilles. Toujours partant, toujours d'accord, même avec le danger.(....)

La musique ne lui a jamais accordé la renommée qu'il souhaitait. Il en souffrait, sans nul doute, mais se gardait bien de l'étaler. Il arpentait les scènes en dératé, tellement désireux de donner du bon temps au public comme à ses proches. Son énergie communicatrice calcinait parfois de très belles chansons qui ne demandaient qu'à être écoutées (...) Derviche électrisé, il a éclairé, illuminé, réchauffé toutes les rencontres qu'il a faites jusqu'à se transformer en nova, jusqu'à l'effroi, le franchissement du point de non-retour. (Kent)

 

Il est vivement conseillé de lire l’article en entier dans le journal de Kent

kent.artistes.universalmusic.fr

 

Kent sera en concert " L"homme de Mars"  le 11 Juin à l'Européen

 
   

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  MEDIAS

 
   
 

 

PRESSE, AFP ET INFORMATION

Notre indépendance farouche nous préserve de toute injonction autoritaire dans la publication des infos, communiqués, articles ; ainsi,  nous refusons sans hésitation de chroniquer sous la pression des brasseurs de houblon qui lobby-isent pour promouvoir les concerts dans les bars avec demi-pression à la clé.  Seules la clé de Sol et la clé de Fa guident nos quêtes de concerts ; qu’on se le dise ! Il paraîtrait que l’habitude d’écouter de la musique, et des chansons   un verre à la main en discutant avec son voisin vient des englishes pubs... No comment !

 

1.650 : c'est le nombre de cd -"Jusqu'à moi" que Cyril Cinélu, l'ancien vainqueur de la StarAc a vendu en une semaine. Autant dire le flop de cette fin d'année ! Même Magalie Vaé a fait mieux, puisqu'à données comparables, elle avait réussi à en vendre 7.000 exemplaires. Cyril Cinélu qui avait mis un an avant d'accoucher de ce premier album peut se poser des questions pour la suite de sa carrière...

 

                               

 

C’est pas que j’aie un mauvais fond, mais cette info me fait ricaner, simplement en raison d’une déclaration de ce garçon sur Magalie Vaê, en gros, «elle est moche, c’est normal que son disque n’ait pas marché», avait-il déclaré...  Maintenant une vraie question, les 67% qui ont voté pour lui, n’ont pas acheté son disque, pourquoi ?  sans doute pour les mêmes raisons qui avaient provoqué l’échec de Magalie Vaë... Lesquelles dites-vous ? Hum, et si ces disques étaient simplement médiocres ? On peut faire passer la médiocrité musicale grâce à l’image valorisante de l’interprète, on peut oublier un physique atypique avec des chansons de qualité, mais faire de la médiocrité musicale avec un physique atypique, c’est prendre le public pour un décervelé total.. Même si ce public met parfois de la bonne volonté pour accréditer cette hypothèse...

Pour ceux qui auraient encore des illusions sur le respect du public par les grandes chaînes de télé, il faut savoir que certaines prestations en duo avec des grands noms de la chanson ne sont pas en direct, mais «ampexées»  c’est-à-dire enregistrées l’après midi, et validées par l’invité, qui se préserve peut-être d’un direct à risques avec des p’tits jeunes inconnus. Ce qui n’est pas forcément critiquable, mais que l’animateur ne brame pas son admiration pour ceux qui chantent «en direct» quand il  sait que c’est du bidon.

Accessoirement, un couturier qui avait prêté une tenue à une candidate pour le prime-time, a été furax de la voir en tenue de répétition... Bin oui, ampex impose.

Et c’est pas forcément mieux ailleurs, une ex-postulante de la Nouvelle Star explique qu’un pré jury pousse les candidats à des choix qui ne sont pas forcément les leurs...

 

(Brève cueillie sur le Net)  100 millions de dollars !

C'est ce que réclame Michael Jackson au site de peer-to-peer, «Pirate Bay» pour violation de droits d'auteur. Il est vrai que l'ex roi king of pop a besoin de se remplumer financièrement. Mais ce n'est pas gagné pour autant. Plusieurs stars ou groupes  ont perdu leurs procès contre ce site et non des moindres -Prince, Abba- «Le point commun de ces artistes, c'est que plus personne ne les écoute» a fait savoir le site. Mais pourquoi alors leurs titres sont-ils téléchargés ?

 

Brève Euro (vision) et peinture à l’huile....

La TSF m’informe que la chanson de Sébastien Tellier  pourrait créer la surprise demain soir. La TSF me dit aussi que Sébastien Tellier est arrivé avec les bandes play back de ses choristes, et qu’il a appris pendant les répétitions que l’on doit tout jouer en direct , y compris les choristes. Donc recrutement d’urgence et sur place des choristes. On sent le degré de préparation rigoureuse de l’opération. Mais il ne faut pas médire sans savoir, une interview de l’artiste précise qu’il ne cherche qu’à trouver des sons nouveaux, donc pas de batterie, ni piano, ni guitare, que la surprise d’un effet électronique inattendu, pourquoi pas ? On a bien vu le succès du peintre Boronali* il y a quelques décennies, au Salon des Indépendants... Donc j’ai écouté l’œuvre de Sébastien Tellier, un mini sondage express a eu la même conclusion, tiens j’ai du entendre ça il y a 15 ou 20 ans... Shamanou ne s’est pas prononcé, il a 2 ans, c’est mon chat, mélomane, la preuve dès que je  prends une guitare, il file se planquer sous les couvertures... Donc, Tellier ça vous a un air de recyclage variétoche post seventies, et pas du meilleur... On va vers un triomphe, c’est sûr !

C’est fait, the winner is Russia, avec une chanson parfaitement formatée pour l’exercice, mais il y a eu de bonnes, voire  très  bonnes surprise, par exemple l’Azerbaîdjan, superbe chanson avec une touche à la  Freddy Mercury. Tellier a récolté quelques 40 points, pour une 19 ème place sur 25... les jurys ont été bien bons.

En résumé , on peut dire qu’un des arguments essentiels des lauréats potentiels est la jupe de la chanteuse, plus elle est courte meilleures sont les chances, le saugrenu, voir  l’incongru comme choix artistique, et les votes «alliés» on ne vote pas pour une chanson, mais pour un voisin ami. Et le même Coca Cola pour tous, circulez, y rien de nouveau à espérer.

Pour l’avenir, c’est dans la géopolitique qu’il faut chercher les futurs lauréats, emballé c’est pesé.

 

*BORONALI Au salon des Indépendants de 1910 figure la toile Coucher de soleil sur l'Adriatique. Le catalogue en donne pour auteur «Jean Raphael. Boronali, peintre né à Gênes», qui a accompagné son envoi d'un manifeste théorique, le Manifeste de l'excessivisme, dans lequel il écrit que «l'excès en tout est une force» et appelle à «ravager les musées absurdes» et à «piétiner les routines infâmes».

 

Boronali : Coucher de soleil sur l'Adriatique

 

Les critiques d'art s'intéressent à ce tableau, qui fait l'objet de commentaires contrastés jusqu'au jour où le journal Le Matin reçoit la visite de l'écrivain Roland Dorgelès qui révèle, constat d'huissier à l'appui, que l'auteur se nomme en fait «Lolo», et qu'il est l'âne du patron du Lapin Agile, célèbre cabaret de la butte Montmartre. Boronali est l'anagramme d'Aliboron, le nom donné à l'âne par Jean de La Fontaine. Dorgelès, en compagnie de deux amis, André Warnod et Jules Depaquit, avait attaché un pinceau à la queue de l'animal qui devint ainsi la vedette du Salon, une fois que la supercherie eût été dévoilée. Et la toile se vendit 20 louis d'or, c'est-à-dire environ 1300 euros  qui furent reversés par Dorgelès à l'orphelinat des Arts. Elle fait aujourd'hui partie de la collection permanente exposée à l'espace culturel Paul Bedu à Milly-la-Forêt (source Wikipédia et Larousse)

 

Livres

Pour compléter votre  connaissance du blues, voici un petit livre qui parait sur un personnage à la fois mystérieux et emblématique du blues Robert Johnson (évoqué dans un précédent numéro)  "A la recherche de Robert Johnson" de Peter Guralnick Le Castor Astral (env 12euros). Empoisonné par un mari jaloux à l’âge de vingt-sept ans, généralement soupçonné d’avoir vendu son âme au diable contre des dons musicaux exceptionnels, Robert Johnson a longtemps été l’objet d’un mythe qui a fini par éclipser sa musique. Pourtant, du fin fond du Mississippi, Robert Johnson a joué un rôle essentiel dans l’histoire de la musique et influencé des générations de bluesmen et de rockers, de Muddy Waters aux Rolling Stones. Dans cette ode lumineuse au «King of the Delta Blues», Peter Guralnick éclaire l’homme comme le mythe et évoque avec subtilité le lieu et le temps qui les engendra. Au travers d’entretiens avec des contemporains de Johnson (tels Johnny Shines et Robert Lockwood), ce texte initiatique, considéré par les fans comme un « classique » et pour la première fois édité en France (avec des annexes spécialement revues par l’auteur), restitue avec poésie l’univers et l’art d'un artiste dont l'œuvre, fulgurante, n’en finit pas de fasciner.

Et  merci à Fred,  un lecteur très informé, de m’avoir transmis le lien ci-dessous, en 1mn37, Keith Richards montre et joue le blues. Limpide, épatant, rien à ajouter. Bravo.

Keith Richards qui disait à propos de Robert Johnson : la première fois que je l’ai entendu, je me suis dit : «mais qui c’est l’autre type qui joue avec Robert Johnson ? j’entendais deux guitares, et il m’a fallu pas mal de temps pour comprendre qu’il faisait tout, tout seul.»

fr.youtube.com/watch?v=U5ANjb-yAVE

 

 

Et le prix des livres... ????

Les disquaires indépendants ont tous été éliminés par la grande distribution. Essayez de trouver un album de Leprest ou Anne Sylvestre, dans une petite ville de province, c’est un phantasme saugrenu... Aujourd’hui, il y a une menace qui pointe sur la loi Lang (le prix unique du livre ) la finalité d’une déréglementation confortera les têtes de gondoles de hypers, où vous trouverez les piles d’artefacts de pipoleries kleenex, genre vite lu, vite jeté... En revanche, s’il vous arrive d’avoir l’idée de chercher un livre un peu rare, un peu original, vous devrez avoir une bonne dose de patience. assidue...  On parle beaucoup du Net, grâce auquel vous avez accès à ce remarquable magazine, mais heureux lecteurs, vous êtes privilégiés, vous faîtes partie de ceux qui sont branchés Internet d’une part, (la moitié des français ?) d’autre part, certaines régions sont déshéritées sur le plan connexion, et certaines petites villes auront l’ADSL aux calendes grecques. S’il faut faire 50 kms pour aller acheter 3 livres de poche, ça va pas arranger les bidons de la planète sur le plan pétrole et consommation superflue d’énergie... Sauf si vous êtes un adepte résolu du vélocycle...

 

Norbert Gabriel

 

   

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