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Deux mois de
spectacle que Patricia Assouline vient de donner au Théâtre d’Edgar. Le
public a été présent au Rdv... un entretien avec cette comédienne
énergique, volontaire éclaire un peu son parcours particulier... cet
entretien réalisé quelques jours avant la première, aurait dû paraître
début Mai, et une sorte de bug humain a zappé l’article. Au moment où
elle parle Patricia Assouline ne sait pas comment ça va se passer.
Aujourd’hui, on sait que le spectacle est allé au bout des deux mois
prévus, avec un petite rallonge. |
Patricia Assouline :
.... ma vie d’artiste ? j’ai eu envie très jeune vers 14 - 15 ans, à
l’école on avait monté une petite pièce et je me suis fait remarquer,
les profs avaient adoré et puis quand j’ai fini le lycée, je pouvais pas
faire lycée et théâtre, c’était trop fatigant mais le lycée fini j’ai
pris des cours de théâtre... la première fois c’était un cours qui
acceptait les personnes handicapées, j’étais la seule, je voulais ne pas
être qu’avec des handicapés... on a monté un spectacle «Maintenant le
poètes chantent», de Trénet à Ronsard Baudelaire, on était 3 ou 4 sur
scène , on a joué à Paris à Rennes puis j’ai pris d’autres cours j’ai
joué «La ménagerie de verre» «La cantatrice chauve»... j’ai commencé
vers 20 ans, en même temps, j’étais à l’Université de Nanterre, Arts du
spectacle, ça m’a bien passionnée, plusieurs années de cours
parallèlement à la Fac jusqu’en 2005. Puis il y a eu l’aventure des
«Hors la loi» une comédie musicale écrite par Alexandre Bonstein et mise
en scène par Agnès Boury qui sont des grands noms mais que je ne
connaissais pas, je savais pas mais ils sont connus dans le
métier...Donc, j’avais entendu parler du casting et j’y suis allée, ils
m’ont retenue et on a joué 2-3 ans, Marigny, puis le Gymnase, un
festival au Canada, Lille, Lyon, Bordeaux Clermont-Ferrand... une super
belle aventure, arrêtée prématurément, mais les gens ont vraiment aimé
ce spectacle.. C’était vraiment une bonne pièce, drôle, avec des
chansons, le projet était à l’initiative de l’association Handi Art, qui
est allé voir Dove Attia et il a produit la pièce, c’est comme ça que ça
a démarré. C’est un rôle que je suis vraiment allé chercher, le casting
était fini, je me suis débrouillée pour avoir un Rdv, je leur ai fait un
peu de chanson un peu de théâtre, ça leur a plu, et ils m’ont engagée.
Les Hors la loi se sont arrêtés en juin dernier, moi parallèlement,
j’avais en tête le rêve de faire un truc seule, que j’écrirais, ou qu’on
m’aiderait à écrire, mais seule en scène, un one woman show, c’était un
peu prétentieux, et en fait je savais pas trop comment faire, pour
écrire, je n’étais pas sûre de moi ... Et j’ai rencontré Clémentine
Célarié, j’étais allée la voir dans un spectacle qu’elle faisait, et on
s’est parlé, je jouais dans les Hors la loi, et on est restées en
contact, j’avais trouvé une comédienne Claude Fraize, qui est venue,
m’aider à écrire, on essaie et puis on voit si ça marche... D’abord
j’avais des chansons ; de très beaux textes de chansons d’une amie que
je connais depuis plus de 10 ans ; des textes qui me collent à la peau,
moi je voulais en faire quelque chose, chanter j’adore ça, mais ce n’est
mon truc préféré, ce que je préfère, que je sais le mieux faire c’est du
théâtre. Avec Claude Fraize, on a intégré les chansons dans ce spectacle
où je racontais ma vie, je racontais sur magnétophone, et 3 fois par
semaine elle venait, retranscrivait, on changeait des choses, jusqu’a la
mouture finale. Là, j’ai revu Clémentine, je lui ai fait lire, elle a
été emballée, et à partir du moment où elle a été libre, elle m’a dit
j’aimerais bien faire la mise en scène, j’ai dit banco, bien sûr... et
ça a démarré comme ça et on a fait la mise en scène, de septembre à
mars... pour jouer du 20 Mars au 24 Mai. Là je suis assez stressée,
c’était un pari, on ne peut pas savoir ce qui va se passer, il va
falloir affronter plein de choses, nouvelles, soit les gens adhèrent,
soit ils ne vont pas suivre, on ne peut pas savoir. Ce que je veux,
c’est qu’on oublie le handicap, c’est sûr qu’au début, avec mon
fauteuil, on ne peut pas l’éviter, mais je veux que ce soit le jeu et le
texte qui les accrochent, il y a des choses très directes très franches,
qui vont certainement faire un peu grincer, mais je ne veux pas qu’on
s’apitoie, je ne veux pas chercher cet apitoiement... Il y a des textes
très réalistes, mais des textes poétiques, aussi, c’est ça mon but... je
ne veux en aucun cas viser le public concerné par le handicap, c’est ce
qui va se passer j’espère ... Je suis une comédienne avec cette
particularité d’être handicapée, mais il faut le faire oublier assez
vite... je veux me sortir de ça, pas rester dans le ghetto...
D’ailleurs le
théâtre d’Edgar n’est pas équipé d’un accès privilégié des handicapés...
Nous concluons en prenant rendez vous pour un entretien
bilan après le spectacle, ce sera pour le numéro de rentrée ; La
conclusion ? Quand j’avais 10 ans, on nous disait à cœur vaillant rien
d’impossible, Patricia Assouline montre que c’est toujours vrai. Merci
de nous le rappeler d’aussi belle façon.
Propos recueillis
par Norbert Gabriel |
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Tea for three est une sorte d’entretien à 3 participants, l’artiste, un
envoyé spécial de LDDLO, et un témoin qui a un rôle d’entremetteur, en
ce sens que souvent il a été le déclencheur de la rencontre. C’est le
coup de téléphone de quelqu’un que vous connaissez, qui vous somme
toutes affaires cessantes d’aller voir tel spectacle, dont vous ne savez
rien, mais l’enthousiasme de l’interlocuteur(trice) vous entraîne, et
vous découvrez.... et partagez ce coup de cœur.
Ainsi, récemment, Stéphane Derossis comédien théâtre,
cinéma et actuellement dans un spectacle musical inventif et drôle,
«Déconcertez-moi» me signale «Duaux» un duo qu’il a vu en Avignon
en Juillet dernier, et qui sont invités par le Set de la Butte*. En
effet, ce spectacle est remarquable, et propice à cette nouvelle forme
(pour moi) d’entretien, Tea for three... L’avis et le regard de
Stéphane, personnage aux opinions urticantes sans concessions, seront un
relais intéressant. Pour le premier RDV de cette formule le casting est
généreux, Duaux est un groupe de deux, (avec un musicien en
scène) ce sera donc un tea for quatre.
Présentation des Duaux : Annabelle Stéfani, comédienne de
théâtre, plutôt dans le genre dramatique, a fait des interventions de
coach scénique dans le monde de la chanson, c’est ainsi qu’elle croise
Vincent 2G qui se produit depuis quelques années (Didier Varrod l’a reçu
dans ses émissions) et que naît «Duaux» lui, pianiste, ACI, elle,
interprète venant bousculer l’univers du chanteur avec ses idées de
scénographies théâtrales (au sens mise en scène précise et réglée) Le
résultat est un spectacle avec deux vrais personnages, pas un faire
valoir plus ou moins accolé à la «vedette». Dans la configuration du Set
de la Butte, le public est dans une proximité complice, l’espace scène
n’est pas coupé de la salle, c’est parfait pour Duaux, avec
l’accordéoniste Philippe Mallart. Si on devait les rattacher à une
famille ce serait celle de l’Opéra de Quat’sous, dans lequel chaque
chanson est une mini comédie. Duos dialogues avec humour acidulé,
truculent, tendre, décapant.

Stéphane Derossis :
j’avais vu leur création à Avignon j’avais trouvé ça léger, fluide, un
mélange que je n’ai pas retrouvé au Set ... Pourquoi ? je n’ai pas
retrouvé la spontanéité... trop de travail tue le travail, ou le mieux
est l’ennemi du bien. Peut-être que le souci d’améliorer le spectacle a
infléchi dans une autre direction, ce que j’ai aimé leur échappé plus
que ce que je croyais.
V2G :
la fragilité ?
SD :
Oui et aussi la structure du spectacle qui racontait une histoire, on
commençait sur toi, un mec piano bar solo, un peu cynique, et l’arrivée
d’une perturbatrice ? j’avais aimé cette construction, là, c’est un côté
uniquement concert, avec des petites touches de théâtralisation mais qui
ne sont plus le fil conducteur.... personnellement je trouve que ça met
moins en valeur les chansons pour moi, c’est une fausse route,
NG :
pourquoi ça a changé ?
V2G :
justement pour ça, on trouvait que c’était une faiblesse du spectacle
d’être à mi-chemin entre les deux, au départ, c’était Vincent2G chanteur
dérangé, c’était un parti pris, et ce qu’on a voulu faire ici avec
Duaux, c’est un rééquilibrage pour avoir une forme plus construite, avec
deux chanteurs à égalité qui se répondent pendant la durée du
spectacle..
Annabelle Stéfani :
mais qui n’est pas un parti pris, Avignon c’était le début de la
rencontre avec ce que je pouvais amener du théâtre, on avait eu le temps
de travailler sur le fond tous les deux, et aujourd’hui, ça devient plus
ce qu’est Vincent, un chanteur de concert, et la théâtralité d’Avignon
est impossible à trouver dans les cafés où on tourne à Paris par
exemple.. Le problème, c’est qu’on n’a jamais de salle pour travailler,
de scène pour s’installer, c’est toujours du piano voix. Le rêve c’est
de travailler avec l’espace, comme lorsqu’il y a un musicien en plus à
intégrer.
SD :
pour moi, c’est clair qu’il y a 2 possibilités, comédien ou chanteur, et
comédien-chanteur, t’es quand même spécialisé sur un des deux.. ce que
je trouvais intéressant dans ce qui était développé c’était la
comédienne chanteuse qui vient mordre sur les plates bandes du chanteur,
La femme qui vient avec une montée dramatique dans l’univers d’un mec à
la gainsbarre. Ce que j’aimais dans ce duo c’était partir sur un des
deux et l’autre arrive pour perturber, déranger, il y a des chansons que
j’avais aimées à Avignon et que je n’ai pas réentendues
V2G :
il y a en qu’on a virées
SD :
certaines m’ont manqué
V2G :
les chansons politiques ? on les a virées parce que ce n’était pas le
propos dans cette version-là.
SD :
ce qui m’a manqué aussi dans cette version concert, on entend beaucoup
moins les textes qu’avant, on est convié à écouter un concert, mais moi
j’étais venu pour un concert théâtre mélangé, j’adore ça, et ça
fonctionnait super bien
Anna :
c’est aussi le fait d’arriver sur des chansons qui existent...Avignon,
il n’y avait que 2 chansons créées pour faire des liens. là encore, ce
sont des chanson qui existent, pour un concert, c’est le propos,
SD :
oui n’empêche malgré tout, pour moi Avignon c’était bien mieux. et vous
deux seuls. Je comprends le rôle du musicien, mais le mec seul au piano,
dérangé par une nana, c’était plus fort. J’ai pas vu le même spectacle
V2G :
mais c’est pas le même
NG :
Avignon, comment ça s’était construit ?
V2G :
j’avais fait un album il y a 2 ans, avec des scènes à Paris, et un jour
Anna est venue me voir pour me proposer son regard de metteur en scène
et de comédienne, que j’ai accepté parce que c’était constructif, et
j‘ai écrit un duo pour le rappel, et quand elle est venue en rappel,
j’ai bien senti chez elle l’envie de chanter et j’en ai écrit 2 puis 3
puis 4 , et elle a eu la possibilité de venir à Avignon avec moi, et
c’est parti comme ça.
NG (à
Anna):
qu’est ce qui vous amenée à vous intéresser à la chanson ?
V2G (en
riant):
elle, elle chante tout le temps
Anna :
je suis comédienne ; tragédienne et la chanson m’a amené une légèreté ;
voilà, c’est mon univers et mon éducation, je me suis éloignée du
théâtre quelques temps et ce qui m’a donné envie d’y revenir, c’est la
chanson. c’était frais, moins cérébral, les gens arrivent à changer les
choses sans se poser en élites bien pensantes, les gens de la chanson
m’apparaissaient plus simples, plus sains et plus accessibles... ça m’a
redonné l’envie du spectacle... et ce spectacle d’Avignon pour moi,
était un début de travail, on n’a jamais pu approfondir, toujours à
l’arrache... Les musiciens n’ont pas l’habitude de travailler comme ça
en profondeur, c’est l’approche de la comédienne, j’étais entre deux
choses, respecter l’ego du chanteur et trouver une histoire un peu
cohérente, pour avoir une existence qui valorise l’ensemble, et qui me
donne un vrai rôle. Après il y a la réalité financière, on travaille
sans cachet... Artistiquement, je trouve que le piano voix marche, mais
il y a les goûts artistiques de Vincent et ses envies de musique, je
suis au service du projet artistique de Vincent, dans lequel je ne
trouve peut être pas toujours mon compte en tant que comédienne, je suis
chanteuse, mais la comédienne est un peu frustrée... Je suis persuadée
qu’il y a deux histoires, trouver le chemin qui satisfait le désir du
musicien avec le projet de disque, et une autre boîte, plus orientée
théâtre... ce qui suppose un accompagnement de structures comme Ivry
(les résidences chanson) et là c’est notre différence, qui fait et la
complicité et la chamaillerie de nos personnages....
V2G :
je m’en rends compte, moi je tire vers la musique, elle tire vers le
théâtre... il faut trouver l’équilibre entre les deux.
SD :
c’est pour ça que je n’ai pas vu le même spectacle
Anna : tu
vois, on va jouer au Gobe-Lune, un café, on est assis tous les deux, il
n’y aucun espace scénique possible ; et pour le moment c’est le biais de
la mise en place... Moi en tant que comédienne, aller chanter dans un
endroit comme ça, c’est pas mon truc, c’est pas ma place, j’ai
l’impression d’être un instrument de musique, et puis pourquoi pas ? Mais... bon, lui se
sent très bien.
NG :
quelle est la relation avec le public ? quelle perception ?
Anna
: La relation au public est beaucoup plus simple et plus
déstabilisante,, tout le monde a un avis sur la chanson, au théâtre, et
moi je viens du théâtre subventionné , avec confort, c’est un peu du
théâtre pour les gens de théâtre, pas pour les «vrais gens», donc, en
chanson, ces avis multiples peuvent remettre en question des choses qui
sont fragiles à construire, surtout dans cette formule où ma place n’est
pas bien définie, j’ai l’impression de batailler, je suis en frustration
de jeu,, avec tout ce que j’ai appris sur la chanson, j’aimerais me
coltiner des projets avec des martiens , avec cette énergie... ma
position, 2 jours après ce concert, je suis un peu chafouine.... mais
j’aime ça.
SD :
j’ai vécu ça avec Le
cabaret, en fait quand tu chantes une chanson, il faut rester comédien,
Tu rentres dans les chansons comme un comédien, pas en allant chercher
des trucs super techniques, tu nourris les chansons d’une autre façon,
c’est le charme du spectacle vivant, et on te dit, tu chantes super
bien, alors que toi, tu sais que tu chantes pas super bien, c’est pas la
même chose..
Anna :
c’est les retours que j’ai.. le public est très réactif, très
encourageant. ;
NG :
comment le musicien
perçoit ce travail théâtral ? c’est une gêne ? une ouverture ?
V2G :
ça dépend des moments, je suis ouvert à ça, j’aime le théâtre, la
comédie musicale mais dans la pratique c’est plus difficile, il faut
jouer avec ça, je ne suis pas comédien, parler aux gens pour moi c’est
la chose la plus difficile en scène.. ça me demande un effort, quand
c’est dirigé c’est compliqué pour moi. j’aime bien l’idée d’aller vers
cet équilibre musique théâtre sans perdre ce truc du concert. c’est
avant tout des chansons
SD :
justement c’est à exploiter, d’un côté une comédienne qui est obsédée,
est-ce que je chante bien, de l’autre un chanteur, est ce que je parle
bien ?
V2G :
c’est vrai.
SD :
utiliser ces deux maladresses pour en faire des armes
Anna :
on est d’accord, mais avec la notion du travail dans ce sens-là, et les
musiciens, pour eux c’est trop de travail. c’est impossible.
V2G :
et on n’a pas les conditions pour le faire
Anna :
on peut, hors musique, dans le salon, chacun de son côté, mais il n’y
pas cette recherche, et quand un musicien se rajoute, il ne s’investit
pas autant que nous dans cette direction.
V2G :
on parle beaucoup de nos doutes jusqu’à présent..
Anna :
mais parce qu’on
cherche.
SD :
justement c’est sur les doutes qu’on gagne la partie, c’est ça qui est
riche, les gens qui ont des certitudes ça me gonfle, même s’ils sont
très bons, ils sont sur une ligne immuable, ça m’emmerde. L’artiste doit
être quelqu’un qui doute, qui s’interroge...
NG :
Kent récemment me disait la même chose, le jour où je n’ai plus de
doutes je suis mort, et avec son parcours très diversifié, rock, roman,
chanson, bande dessinée, auteur-compositeur-interprète, il est l’exemple
type de l’artiste complet.
V2G :
j’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de place pour les
entre-deux, les gens sont plus ouverts aux choses un peu atypiques. Il y
a ceux qui ouvrent les routes et ceux qui s’engouffrent dedans...
SD :
le problème majeur, c’est de trouver les structures qui offrent des
espaces à ces spectacles mixtes, ensuite, il y a les programmateurs, qui
sont dans un schéma très figé, avec des cases bien formatées, c’est
chanson ou théâtre...
Anna :
on fait des tremplins, mais chaque fois se pose la question
cabaret-chanson ou théâtre. Pour moi le spectacle piano voix c’est le
spectacle qu’il faut faire, c’est pas ce vers quoi va Vincent, qui pense
à un disque, à plus de musique.
V2G :
c’est vrai que je pense à des orchestrations qui sonneraient bien, avec
un bassiste, une guitare, un accordéoniste. voilà.
SD :
c’est pas la même chose il y a 2 spectacles à faire, pour le concert,
l’accordéoniste pourrait être théâtralisé
V2G :
mais il ne veut pas, dans la chanson la femme nouvelle, je lui ai dit,
regardes-la quand elle dit arrête de regarder mes fesses... ah non,
c’est pas son truc.
Anna :
il est contre tout ce qui n’est pas sa partition... il est dans son rôle
strict de musicien, point final. Ce spectacle au Set, c’était une
première, on ne l’avait jamais fait comme ça. Avignon, on l’a joué 21
fois de suite...
SD :
c’est ce qui donnait ce peps, cette légèreté qui m’avait emballé,
attention, je dis pas que maintenant c’est de la merde, les chansons que
j’ai aimées, je les aime toujours...
Anna :
moi je ne suis pas dans le schéma qui me convient le mieux. cela dit, à
Avignon, on a eu aussi des retours contraires : trop théâtral,
V2G :
hier c’était des retours bienveillants, des copains, mais qui avaient vu
Avignon, ou quand je jouais avec Philippe, ils ont trouvé que c’était
plus carré,
SD :
les chansons politiques m’ont manqué..-
V2G :
c’est très clivant, les chansons politiques, les retours sont ...
contrastés...
SD :
l’an dernier on a fait un spectacle, sur, et avec Brassens, et avec des
tirades assez pêchues, et un festival (Brassens) qui était intéressé
nous a dit, oui mais le truc politique là, c’est ... faudrait
l’enlever... Et bien non, tant pis, on n’ira pas... en province, on l’a
joué une trentaine de fois, sans problème, ni cette sorte de censure
larvée ...
V2G :
j’ai une chanson qui s’appelle la Berluscosite, et Anna elle est pas à
l’aise...
NG :
pourquoi ?
Anna : c’est
le fond et parce que je me demande ce que je fais là, c’est une question
de cohérence des personnages, le personnage politisé c’est lui, mais moi
je suis ailleurs...
V2G :
la difficulté, c’est qu’on cherche à faire des duos, voilà..
Anna :
quand on a travaillé ces derniers jours on avait un regard extérieur,
mais sur nous, le musicien n’est pas concerné, il ne parle que de
rythme, comme s’il avait peur que tout soit sur moi... C’est un travail
en résidence qu’il nous faudrait...
Propos recueillis par Norbert Gabriel
Le débat se poursuit entre les 3 comédiens chanteurs, sur
les directions possibles à donner dans ce projet global qui réunit un
spectacle genre théâtral, avec chanson, un concert avec deux
personnages, et un album qui aurait des ambitions différentes, et
complémentaires. De fait, nous sommes à la confluence des plusieurs
formes qui se rejoignent sur la scène, mais qui divergent dans la
logique des programmateurs fonctionnant souvent avec un système de cases
prédéfinies. Il ne faut pas que ça déborde sur la case voisine. C’est la
difficulté qu’ont rencontré plusieurs spectacles parmi les plus
créatifs, le spectacle «avec» Brassens, décrypté dans ces colonnes il y
a deux ans, le spectacle «Déconcertez-moi» de l’Attrape Théâtre, et
aujourd’hui Duaux. Pourtant ce sont des spectacles tous publics,
fédérateurs , mais handicapés par le conformisme ambiant. Et c’est en
province que ça marche le mieux, avec un excellent bouche à oreille.
C’est pourquoi il est vraisemblable que nous reviendrons avec Duaux
dans quelques mois, pour voir comment Anna et Vincent ont concilié leurs
doutes, et leurs aspirations.
Le 24 juin, à 16 h, ils présenteront ce spectacle dans
l’auditorium Alhambra de l’ANPE Spectacle, 50 rue de Malte 75011 c’est
donc le moment de poser des RTT, c’est un mardi, et c’est gratuit,
qu’on se le dise.
Norbert Gabriel

www.myspace.com/duaux
Le Set de la Butte qui a invité Duaux est une salle
un peu particulière, et bien fréquentée, David Lafore, Ludo Pin, Ignatus,
Orlando et pas mal d’autres ont été programmés par Antoine Chain, un
franc tireur qui n’écoute que ses coups de cœur. Une des particularités
de cette petite salle est une modularité permettant des configurations
différentes, et la possibilité pour un spectacle de s’adapter exactement
au lieu, avec une proximité du public qui favorise l’intime relation
avec la scène ; ce n’est pas une promiscuité imposée par la petite
dimension de la salle mais une façon de créer un lien chaleureux. La
programmation est riche, jamais anodine, Antoine Chain est un homme de
spectacle ouvert à tous les artistes qui évoluent et font bouger la
scène. Le Set de la Butte est au pied de la Butte Montmartre, c’est un
héritier des cabarets où ont débuté ceux qui ont donné la génération
Barbara, Brel, Béart, Ricet-Barrier, Anne Sylvestre, Pierre Perret… Une
petite nuance, toutefois, les conditions de travail y sont meilleures
pour les chanteurs... Le cabaret, avec le bruit des fourchettes et des
bouchons, c’est un folklore qu’on retrouve parfois dans les salles avec
bar, mais il faut savoir si on vient écouter ou bavasser avec un verre à
la main.
www.lesetdelabutte.com |
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FREDDA |
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Tout d'abord où en sont tes projets ?
Peut-être le tremplin
des Nouv’elles dans la prochaine éditions du festival les Musik’Elles !
Si je suis sélectionnée ! Et surtout l’enregistrement du deuxième album
Il en est où d’ailleurs ce deuxième album?
Il mijote depuis le
retour de tournée en Allemagne en septembre dernier. Encore quelques
coups de clé à molette à mettre et je serai satisfaite ! En tout cas ce
projet, sa direction plus acoustique, me réjouit entièrement.
Est que ce nouvel
album a été plus dur à écrire? J'ai l'impression que tu as donné
beaucoup de personnel dans le premier, encore des choses à raconter?
C’est un album plus
ou moins «concept» avec un fil rouge, ça m’a paru plus simple, cela dit,
j’y travaille encore! Il y a une situation annoncée, et des chansons qui
apparaissent comme des arrêts sur image. C’est une sorte d’auto-fiction
mais qui contrairement au premier album va plus loin dans la fiction.
Et Radiomatic ?
On essaie de sortir
un nouvel album mais par contre nous ne sommes pas encore complètement
satisfaits du résultat ! Déjà quelques titres enregistrés et on cherche
à présent avec Pascal une collaboration peut-être avec un artiste
évoluant dans les musiques plus électroniques, pour finaliser ce
deuxième volume. Alors il faudra attendre encore un peu pour sa sortie,
mais c’est en chantier !
Est-ce différent de jouer en France et à l'étranger?
Oui c’est différent, c’est plus sympa quand on voyage !
C’est plus facile aussi car on se sent toujours plus culotté quand on ne
maîtrise pas une langue. Et les gens sont gentils à l’étranger ! Quoi
que quand je joue en Province parfois j’ai l’impression de jouer à
l’étranger, car ça devient de plus en plus élitiste la scène à Paris!
Tu adaptes tes concerts à l’étranger ?
Non Pas vraiment je
fais la même chose, seul le discours, quand j’arrive à m’exprimer à peu
près correctement en anglais, change.
Tu n'as pas une
sorte de frustration à jouer devant des gens qui ne comprennent pas
forcément tes textes?
Alors là il faut se
dire que ce n’est pas toujours un hasard quand les gens viennent à un
concert de chanson. Il y a souvent des francophones et francophiles, je
ne joue pas non plus dans des endroits énormes ! Par ailleurs, on peut
se laisser aller aussi dans la musique et les mélodies. Ce n’est
absolument pas frustrant pour moi.
As-tu été influencée par ton expérience scénique avec
Pascal Parisot?
Oui justement pour
ça, cette espèce de naturel en toutes circonstances et quel que soit le
lieu.
On s’est beaucoup
exposés aux risques en tournant à deux avec ses chansons, alors que je
n’étais pas encore bonne instrumentiste ! c’est le cas aujourd’hui ! (je
plaisante)..
Donc parfois pour
rattraper des situations un peu délicates, nos concerts ressemblaient
presque à du vaudeville improvisé. Quand je tourne en solo et que je me
sens parfois sous pression, j’ai, quelque part dans ma tête, cette
image.
Comment vois-tu l'avenir de la chanson en général et le
tien en particulier?
L’avenir de la
chanson ou du disque ? car aujourd’hui j’ai l’impression qu’on fait un
espèce d’amalgame des deux. Moi je crois toujours aux chansons, et reste
très impressionnable quand une nouvelle chanson m’émeut, par contre je
trouve qu’elle s’intellectualise un peu trop à mon goût et se
personnalise aussi beaucoup, alors j’espère qu’on ne va pas faire à
l’avenir des chansons trop sérieuses ou trop nombrilistes qui
n’intéresserons plus personne. Pour moi une chanson c’est une bonne
alchimie qui m’accompagne et me procure surtout de la joie alors je
vais continuer à en faire sans trop me prendre la tête même si je suis
perfectionniste dans la forme.
On entend des
extraits de films dans tes chansons, tu as une chanson qui parle du
cinéma... Le cinéma est l'une de tes inspirations?
Oui, presque un fil
conducteur pour l’élaboration d’une chanson, souvent elle se déroule
dans ma tête comme les images d’un film.
Tu as des films cultes?
Ah oui, «Orfeo Negro»
de Marcel Camus, «Nosferatu» de Murnau et le «Dracula» de Coppola, «La
mort aux trousses», «Elephant Man», «Easy rider», «Le corniaud», «Les
tontons flingueurs» et «Ne nous fâchons pas», «Le bon la brute et le
Truand» de Sergio Leone
Et des coups de cœur plus récents?
Le dernier film de
Benchetrit «j ‘ai toujours rêvé d’être un gangster», et «no country for
old man» des frères Coen
Benchetrit tu le
connais aussi en tant qu'auteur? Tu lis beaucoup?
Non je n’ai pas lu,
mais ça m’attire, son parcours m’attire, je n’ai vu que ses films «Janis
et John» et le dernier. J’aime lire, un peu comme dans une chanson
d’Albin de la Simone (du dernier album) «J’aime lire» ! Tout ce qui se
présente à moi, ça va du manuel d’histoire géo de ma fille, à la
biographie de Sophie Tolstoï, ou bien je dévore des nouvelles
fantastiques, relis madame Bovary, découvre Christine Van de Putte etc
etc…
De Benchetrit je
te conseille ses «Chroniques de l’asphalte». Une dernière question : quelle est la dernière carte postale que tu
as envoyé à ta voisine?
Le vieux port de
Marseille, véridique !
Propos recueillis par Gab
www.myspace.com/freddastrevigne |
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JULIETTE |
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un moment du côté de Massy..
Après Juliette sur le pont d’Isabelle Dhordain, voici
Juliette à Massy Opéra, vers 16 heures le 13 Mai...
Juliette a une discographie dans laquelle on trouve des
configurations très différentes, des albums faits entièrement par Pierre
Philippe, d’autres où elle n’a rien fait, d’autres où elle a tout fait,
c'est mon disque à moi, toute seule, j'ai tout fait (ou j'étouffais ?)
c'est le cas de Bijoux et babioles, le petit dernier... avec un
exercice de pur délire cartoonesque "Casseroles et faussets" -
particulièrement photogénique...

Juliette
... quand j’ai commencé à chanter, c’était pour épater mes copains,
pour faire l’intéressante, frimer un peu... mais ce n’était pas du tout
une vocation ou une passion. D’ailleurs j’écoute très peu de chanson
française, on ne me croit jamais quand je dis ça, mais quand je regarde
mon Ipod, il y a beaucoup de musiques étrangères, Amalia Rodrigues, ah,
une chanson de Nougaro, parce qu’il a fallu que je l’apprenne, mais
jamais Brel Brassens Ferré..., je suis intéressée par Brassens par les
thèmes, Brel pour l’ensemble, en fait, je suis beaucoup plus intéressée
par le théâtre; chaque chanson est un mini opéra, avec des personnages,
je n’ai pas de barrière, j’imagine et je le fais. C’est comme la Géante
du Château, une idée qui m’était venue, avec plein de petits personnages
qui traversaient la scène...
Le fait de n’être pas
une spécialiste de la chanson m’autorise toutes les libertés, je fais ce
que j’ai envie de faire sans contrainte... Un spectacle peut naître
d’une envie, une envie de changement, ou de pousser plus loin une
idée... Je note tout, toute idée qui passe, il n’y en a pas tellement
des idées, donc il s’agit de ne pas les perdre... J’ai des cahiers,
j’ai toujours écrit sur des cahiers, Je les use jusqu’au dernier
carreau, des fois, il y a des idées de chansons qui se retrouvent sur
plusieurs cahiers, j’écris dans tous les sens, partout où il y a de la
place, et je garde tous mes cahiers... Je retrouve des bouts de
chansons, qui ne sont pas pour moi, qui peuvent se développer dans une
autre direction... (Olivia Ruiz, J’aime pas l’amour)
Il est clair que Juliette est une femme de spectacle, qui
nous épate à chaque fois, une artiste majeure de la création, une géante
de la scène, un terrain de jeu sans frontières pour ses rêves de diva du
divertissement entre Bijoux et babioles, et c'est toujours de la
belle ouvrage.
Norbert Gabriel |
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Les PRIMITIFS du FUTUR |
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Le mois dernier, nous avons partagé les témoignages des
musiciens invités par Dominic Cravic à faire cet album «Tribal Musette».
Après Cocktail d'amour
(1986)
avec Bluestory & the new blue, Trop de Routes, Trop de Trains, et
World Musette (1999), Tribal Musette continue le parcours
de ce groupe unique. Créateur et animateur de cette tribu d’amis
musiciens, Dominic Cravic est un guitariste discret, mais la liste des
artistes qu’il a accompagnés est impressionnante. Le dernier fut Henri
Salvador, pour qui il fut un complice indispensable, et le compagnon de
toutes les dernières tournées depuis le come-back de Salvador.

Dominic Cravic : ma première guitare, c’était une Di Mauro vers 58-60,
une classique, on l’avait achetée pour mon frère et moi, on était
éclaireurs de France, dans une famille mère instit’ et père au service
des eaux de la ville de Paris, avec 3 enfants, mon frère avait 3 ans de
plus, à 12 ans c’est très important, à cet âge, et cette guitare nous
servait dans la troupe, pour faire chanter tout le monde. Nos modèles
c’étaient les chanteurs à guitare, Brassens Béart, Allwright, Aufray, ce
qui fait que tu travaillais la guitare sur des chansons super bien
faites, c’est très agréable d’accompagner une chanson d’Hugues Aufray,
et c’était ma seule éducation musicale, avec parfois un mec qui nous
montrait des trucs... A la campagne, vers Dreux avec un groupe d’amis on
avait croisé un trio de 15 -16 ans, ils avaient une guitare et ils
jouaient Brassens, on a appris une dizaine de Brassens, on apprenait
comme ça, comment fonctionne une tonalité, les accords générateurs.
Après
j’ai acheté une Egmond, un truc français qui imitait les guitares des
Chats Sauvages, elle était vert turquoise... comme la dauphine de mon
père... et puis j’ai fait des bals, j’aimais bien, mais ça durait
longtemps et au début j’avais une mauvaise guitare, avec des cordes très
hautes, les 2 premières heures ça allait, mais ça durait de 9 à 5 ou 6
heures du matin... On restait en Normandie, dans la région... après j’ai
eu une Jacobacci, on jouait du soul du blues... et puis les paso-doble,
le musette... Le bal, c’est varié, on apprend beaucoup... Après à
Chartres, j’ai pris quelques cours de guitare classique, mais ce qui
m’intéressait c’était plus le blues, mais j’écoutais du free jazz,
Ornette Coleman autant que Fats Waller sans aucune ségrégation entre les
genres ou les années, ça m’est resté, pas de sectarisme...
Avec
les moyens modernes, on a tout tout de suite, mais Brahms quand il
s’intéresse à Bach, il doit trouver les partitions, se remettre dans
l’esprit du temps, retrouver... Nous, on a tous les enregistrements
depuis l’origine du jazz ou presque... On peut les écouter... Bach, on
ne peut qu’imaginer comment il jouait...
Bouger dans le temps,
c’est ce qui me plait le plus dans la vie, alors les gens qui me disent,
ouais, pourquoi les années 30 ? mais pourquoi les années 60 ou 80 ?
C’est important le temps qui passe, l’histoire... Peut-être que
le temps ne se déroule pas de façon linéaire...
Quand j’ai
commencé dans les bals, on était 2 ou 4 ou 5 selon le budget, puis j’ai
laissé tomber la musique et j’ai recommencé quand j’ai rencontré Didier
Roussin, et on a monté un duo, puis un trio avec Milteau, on était dans
le blues à l’époque... très resserrés sur des petits groupes à fortes
affinités, et puis ça s’est élargi, comme une pierre qui roule, qui
ramasse pas mal de désirs et d’envies, c’est l’origine des Primitifs...
rencontres, amalgames, on est 52 sur cet album... avec tous les égos à
concilier... ça va de 18 ans à 80 ans, pros ou amateurs, c’est fatigant
mais ça me plait... c’est un plaisir et une découverte permanente, c’est
tous les 7 ans avec des nouveaux qui arrivent, s’ajoutent,
Dans le Big Band
Salvador on était 16, mais les Primitifs c’est très fluctuant.
Alors que je suis
plutôt solitaire, ça me plait bien de mettre tout ça en scène. Je crois
qu’il y a des choses qui te plaisent, des rencontres fructueuses
possibles, je pense avoir ce sens là, et avec les 52, ça se passe bien,
même avec les stars comme Olivia, ou Christophe... Tiens l’histoire de
cette chanson : ça commence avec Paringaux, on fait des chansons
ensemble depuis longtemps, et Christophe l’appelle : «j’écoute un groupe
formidable, les Primitifs du Futur, tu vois un peu, il faudrait que tu
me fasses des chansons comme ça.» C’était rigolo, donc je savais ce
qu’il aimait, donc j’ai pensé à une vieille chanson italienne Ramona, il
y a plein de liens, de sens, après je cherche un duo possible, et j’ai
pensé à Olivia, on avait fait un truc bien sur la Femme chocolat, et
Christophe est très fan d’Olivia, il est très à l’écoute des jeunes, il
voit bien pourquoi ça marche, il est content de comprendre comment
fonctionnent les choses ; donc il est emballé par l’idée... Je voyais
une image... puis Paringaux m’envoie un texte, super, mais rien à voir
avec Ramona, alors on a changé, au lieu d’une valse c’est devenu une
rumba...Chaque chanson a un scénario qui se déroule... avec Azzola, on
s’était rencontrés quand Crumb était président d’Angoulême, en 2000,
Azzola venait faire une surprise à Uderzo, un copain d’enfance, ils
avaient pris des cours tous les deux avec Médard Ferrero dans les
années 40, et on a ébauché le projet de faire quelque chose avec les
Primduf, et on a fait Dalinette sur Tribal Musette ... une valse
d’enfer... ça peut prendre un peu de temps, mais ça se fait..
Les PrimsDuf, il
devait y avoir quelques groupes comme ça dans les années 70, mais pas
vraiment... Je crois que c’est unique... quand on joue à l’étranger,
c’est un peu miraculeux, on est des OVNI ; et quand on se voit, on est
heureux, on joue des morceaux parfois depuis 10 ans mais le côté jazz
c’est jamais complètement pareil, il y a quelque chose dans cette
nébuleuse qui séduit des gens qui ne se rencontreraient peut-être
pas... Ils aiment être là... ça part de la musique, pas de
considérations de notoriété ou de marketing...
C’est un groupe
qui génère de la joie de vivre, entre eux, et pour les autres.. Des
rencontres, de la musique, qui reste notre point de jonction...Servir la
musique de notre mieux.... Mettre ensemble des choses qui vont faire du
sens, quel que soit leur âge, voyager dans le temps et la musique...
J’ai beaucoup aimé les morceaux où Django accompagne Sablon, c’est un
modèle de complicité musicale... C’était en 1935-36, et c’est toujours
bien.
Il est comme ça, Cravic, on vient pour parler de lui, et il
parle des autres, mais finalement, le portrait se dessine, un musicien
éclectique, sans sectarisme, qui favorise des rencontres musicales,
lesquelles se transforment en histoires d’amitié qui durent depuis 15-20
ans, et toujours ouvertes aux amis qu’on ne connaît pas encore... Il
ressort que ces liens construits sur l’amitié à travers la musique,
c’est presque un anachronisme, une utopie, et le souvenir d’une époque
qu’on rêve de revoir... D’où une explication possible des Primitifs et
du Futur. Un jour ou l’autre, le beau temps revient... Dans 10 ans, dans
1000 ans ?? Le plus tôt serait le mieux...
Le 17 Juin, les Primitifs du Futur seront au
New Morning pour une soirée spéciale Tribal Musette. Ne
manquez pas cette fête.
Norbert Gabriel
www.myspace.com/cravic
/
www.myspace.com/lesprimitifsdufutur
www.myspace.com/ukuleleclubdeparis
message personnel :
dans les années 56-65, les émissions de Sim Copans, sur Paris Inter, le
samedi à 13 heures c’était «Jazz en liberté» suivi de «Fleuve profond». |
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ZITA SWOON |
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crédit photo :
www.photosandgigs.com/blog
A l’occasion
des vingt ans du magazine Chorus, LDDLO s’est abrité un petit moment
sous un chapiteau du festival dédié à cet anniversaire pour écouter le
groupe flamand Zita Swoon. Au pied de la grande arche de La Défense,
son leader, Stef Kamil Carlens a accepté l’échange avec assurance,
gentillesse et son bel accent d’ami belge.
Un nouvel album après plus de 10 ans d’existence, qu’est-ce que cet
objet représente pour toi ?
J’aime bien travailler les sons et faire des albums avec du
temps, chez moi, dans mon studio en Belgique ; mais je considère ce
nouvel album Big Blueville comme une simple carte de visite pour nous
permettre de rester sur la route et faire des concerts. Nous sommes loin
de l’album travaillé pendant plusieurs années, mais il faut en sortir un
comme ça régulièrement. Je n’ai l’ai pas inventé, si tu n’as pas d’album
tu ne tourne pas et les organisateurs ne te book pas. Je ne
l’aime pas ce système installé dans le rock depuis les années soixante.
Je préfèrerais faire une tournée et ensuite l’album ; parce qu’après
cinquante représentations tu as un ensemble de chansons que tu connais
bien et que tu peux retranscrire sur un album avec finesse. Pendant un
show je peux donner aux gens plein de bonnes choses, avec de belles
lumières, de l’énergie, un nombre d’instruments limités, et je ne
devrais pas avoir besoin d’un album qui essaye de reprendre cette
énergie. Il y a une différence entre un gars qui voit un spectacle et
celui qui veut être peinard chez lui à écouter un bon son. On ne devrait
pas leur offrir la même musique, la même interprétation.
Que devient alors la recherche de l’idéal dans le processus de
création d’un album ?
Disons que pour bouffer ce n’est pas simple ! Tu me parles
d’un mec comme Glenn Gould, j’imagine le temps passé sur son piano pour
capturer les bonnes notes, qui entend son piano dans le détail, c’est
difficile...parfois on essaye de s’en approcher et c’est alors plusieurs
mondes qui vivent en parallèle dans une même composition : celui du
chant, des textes, etc. Pour Big Blueville, c’est juste le groupe qui
joue, d’une traite, pour capturer l’énergie du live et vendre ce que
l’on va offrir sur scène...
Revenons donc à
l’essentiel pour vous en ce moment, vos spectacles et votre mise en
scène inédite, dans le public ?
Jouer au milieu. Je cherchais à faire une tournée un peu
moins chère et j’ai vu le film sur Ray Charles. Il y a une scène dans
laquelle il joue au piano dans un night club et chante dans un micro
amplifié par un petit ampli de guitare tourné vers le public. Je vois
aussi trois chanteuses chanter dans un même micro, une batterie sans
micro, les cuivres sans micro et le piano sans micro également ! Il joue
pour 400 personnes sur un piano pas amplifié et c’est tout ! Je me suis
dit : on va chercher trop loin avec les systèmes techniques, les tonnes
de baffles, etc. Sur scène, t’as un mec qui te fait ton son, tu as un
ampli tourné vers toi, chaque musicien à son propre mix, et finalement
le public entend autre chose. On a donc décidé de jouer au milieu des
gens et on a trouvé un petit système de baffles pour le chant et choisit
de ne pas amplifier le reste. Dans ce type de configuration, si tu
joues trop fort tu vois tout de suite que tu gênes l’autre. On joue
vraiment ensemble et avec le public.
On vient de parler
de la forme, mais quelle recette utilises-tu pour composer et faire
évoluer tes messages avec le temps ?
J’écris sur l’ordinateur quelques arrangements, qui sont
rarement utilisé d’ailleurs, je passe ensuite au piano et le groupe
ramène alors ses instruments, ses influences ; rien d’original bien que
je pourrais tout imposer. Mais je ne veux pas que l’ennui se présente et
je souhaite qu’après cent concerts les musiciens aient la même envie car
à la fin c’est le public qui le ressent. Pour l’instant la scène occupe
nos esprits, et même si quelques morceaux sont mélancoliques, l’énergie
l’emporte toujours. Depuis le début, mon intérieur était au cœur de mon
inspiration, mais maintenant cela m’ennuie un peu. Je cherche donc un
petit truc de la vie et continue de réfléchir aux œuvres de grands
poètes. Ensuite, le plus important c’est que ce soit agréable, que
chaque chanson soit un petit monde, un chouette monde pour les gens. Les
mots me plaisent, je suis un musicien avant tout, les grandes idées je
les laisse aux écrivains. Je crois que mon approche serait plutôt
d’écrire comme un journaliste dans une colonne, une petite réflexion
bien tournée et voilà...
Bien tournée en français, en anglais ou en flamand ?
Ni l’anglais, ni le français n’est ma langue. Ma femme
parle français. Le français fait partie de ma vie depuis plus de quinze
ans. Cela me donne envie d’écrire d’autre chose. Quand j’étais plus
jeun, j’étais fan d’Arno, j’avais envie de chanter avec lui et d’écrire
pour lui. Il fallait donc écrire en français. Je recherchais dans pleins
de directions pour y parvenir, un truc en amenant un autre, j’ai
finalement pris goût à cette langue et écrit une chanson française pour
lui, qu’il a mise sur son album «French Bazaar». Quand j’écoute des
français et des anglais je me dis quel bonheur doivent-ils éprouver en
s’exprimant dans leur langue devant autant de personnes. Il m’arrive de
chanter en flamand mais je ne voyage pas sur scène avec cette langue. Je
ne connais aucun groupe qui chante en flamand et qui passe les
frontières : de la Turquie au Portugal en passant par l’Autriche. Pour
des artistes africains les gens font plus d’effort. Ali Farka Touré, par
exemple, chante dans sa langue même s’il y a tout de même quelques
chansons françaises, probablement liées à votre histoire commune.
L’important c’est le message, pas
la langue. Quand j’ai
commencé, je voulais faire du blues comme des tas de gens ; mais la
plupart d’entre eux imitaient. Arno est alors arrivé avec un blues
européen, digéré. J’ai pensé que c’était la musique qu’il fallait faire,
un blues un peu bizarre, avec des références qui garde notre identité.
Ton envie de blues
a évoluée et vous êtes aujourd’hui huit sur scène, à entrelacer les
influences et les instruments, mais il n’y a toujours pas de cuivres ?
C’est vrai, je les utilise peu alors que je les aime bien.
On avait commencé avec un saxo, mais pour l’instant je focalise sur les
chants. Il y a quatre ans je cherchais une voix féminine et j’en ai
trouvé trois grâce à une amie du bassiste d’Arno. Ce n’est finalement
que deux des trois filles qui sont restées. Les mêler à deux autres
choristes mâles, ce serait génial, comme a pu le faire Roy Ayers. Mais
on vit de notre musique et huit personnes sur la route c’est cher, alors
on attend...
Qu’est ce qui se passe maintenant ?
Quand je suis dans mon monde, je plane, mais quand je pense
à l’avenir du groupe je suis très pragmatique. Pour déplacer huit
musiciens, des techniciens dans tout l’Europe, il faut de l’argent donc
du succès ! En ce qui me concerne avec deux ou trois guitares, ma vie
irait bien, mais on a construit un très bon son tous ensemble alors j’ai
envie de garder cela encore quelques temps, notamment pendant les
festivals de cet été et la grande tournée qui commencera à l’automne.
C’est gai de faire de la musique !
Vicente Coronini
www.zitaswoon.com |
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