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   bastien lallemant
     
     
 

La veille de son concert aux Trois Baudets à Paris (des extraits vidéo sont en préparation), Bastien Lallemant était déjà sur une scène, celle d’un show case de la Fnac des Ternes, où l’on s’aperçoit que peu de personnes viennent y écouter de la musique, même par hasard… Entouré d’une exposition de photographies réalisées par Valérie Archeno (série "Filature") à l’occasion du nouvel album «le verger», il nous a présenté là, accompagné de ses musiciens, Jacques Tellitocci, Pascal Parisot et Pascal Colomb, un aperçu de ses nouvelles chansons.

 

version vidéo ou version scriptée ?

 

 

DB : Comment se situe «le verger» dans ton parcours ?

BL : «le verger» c’est mon troisième album solo. C’est un nouvel album, c’est aussi une nouvelle humeur. Je l’idée de faire une discographie qui ne soit pas linéaire, au contraire, où chaque disque est un nouveau champ d’expérience. «les premiers instants» étaient guitare-voix, plus intimiste, très autobiographique. Il y avait «les érotiques», pop avec des touches latines, sur le thème de l’érotisme, traité avec beaucoup d’humour. Et là, «le verger», qui tire son nom d’une chanson»le verger aux petits». C’est un album inspiré du roman noir. J’ai voulu faire une grande place à la musique, épurer le texte, avoir un texte plus léger, qui face plus respirer vraiment la musique, et retrouver beaucoup des influences et des musiques que j’écoutais il y a de nombreuses années ; Plus rock. Plus sombre aussi…

 

DB : Quelle part de l’Amérique as-tu mis dans ta musique ?

BL : C’est l’Amérique des romans noirs. Celle que je convoque, celle qui m’a habité le plus quand j’ai écrit ces textes, c’étaient les romans de Cormac McCarthy ou Jim Thompson, Edward Bunker. Ce roman noir là. Et donc c’est vrai que cela me semblait intéressant que cette musique aussi ait ces références et que l’on puisse avoir les guitares qui sonnent un peu comme… les guitares de Phoenix ! (sourire)

 

DB : Tu as construit l’album avec les musiciens ?

BL : C’est un long travail d’écriture et un long travail d’enregistrement aussi. C'est-à-dire que quand j’ai commencé les enregistrements, je n’avais pas encore écrit tous les titres qui figurent aujourd’hui sur l’album. J’avais écrit un certain nombre de titres, et puis au fur et à mesure, j’ai épuré, j’ai ôté les titres qui me plaisaient le moins. Donc tout c’est fait en même temps que les enregistrements. De loin en loin on enregistrait des chansons, et puis après on en a regroupé. Et du coup, les musiciens que sont, notamment, on participé à l’album, dès le début, donc ils ont vu venir les chansons. Pascal Colomb, qui m’accompagne à la guitare, lui est un nouveau venu sur le projet, il a découvert l’album une fois fini. Et il s’est complètement adapté aux humeurs et aux couleurs qu’on  y avait mises. Il y a Bertrand Belin qui a réalisé l’album, avec Albin de la Simone. Donc il y a toutes leurs couleurs qui arrivent. Et puis maintenant Pascal Colomb, qui à la fois emprunte des chemins déjà tracés des chansons, et qui met ses propres reliefs et ses propres couleurs. C’est un peu un coloriste dans ce projet de scène.

 

DB : Qui a réalisé «le verger» ?

BL : L’album précédent avait été fait avec les mêmes, sauf que c’est Albin qui le réalisait seul. Et là, j’ai voulu confronter Albin et Bertrand. Pas les confronter mais… essayer de… non plus de les opposer mais d’aller chercher chez eux, chacun une singularité qui semble des fois s’opposer. Et voir ce qu’il y avait au milieu. Comme si c’étaient deux pays, avec une frontière au milieu, et qu’on marchait sur cet espèce de no man’s land, qui est l’endroit où ils se rencontrent. 

 

DB : Les chansons de l’album sont liées ?

BL : Toutes les chansons sont des espèces de fictions. Rien n’existe. Ce n’est que des inventions pures. Et j’essaie de voir jusqu’où on peut pousser la chanson en terme d’histoire et de ce que une chanson est capable, d’avoir un milieu, un début, une fin, du suspens, un dénouement, quelque chose. Est-ce qu’une chanson peut être comme un petit récit, un conte moral, un peu contes et légendes. Ca peut être des fois très sordide. Puis voir jusqu’où la chanson peut entraîner l’auditeur, dans des histoires quelques fois cruelles. Mais… comme des micro fictions, comme un recueil. Cet album est un recueil de nouvelles.

 

Propos recueillis par Didier Boyaud

 

www.bastienlallemant.fr

 

 

 

 

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   catleya
 
 

essai pochette, work in progress et titre provisoire... by Lorenzo

 
     
 

Après un premier album qui avait séduit notamment quelques programmateurs radio, Catleya faisait sensation en 2007 avec Rien Ne Presse, album de rock chanté en français, sous label RCA, remarqué par la critique, enregistré à l'ancienne (en analogique).

L'album co-réalisé par Sodi (Les Négresses Vertes, Mano Negra, Les Têtes Raides...) et Clive Martin (Les Wampas, Stereophonics, Dolly...), contenait entres autres une participation de Philippe Pascal des Marquis de Sade.

Or, Il y a quelques mois, SONY BMG  rendait le contrat : récit de la genèse du prochaine album avec les deux leaders Syrile (chant, guitare) et Faro (guitares, claviers). Un album home made façon artisanale, à paraître.

 

Entretien avec Catleya

 

Vous étiez sous contrat... et maintenant virés ! Que s'est-il passé ?

Il s'est passé que nous n'avons vendu que 4000 albums de Rien Ne Presse et que RCA a été absorbé l'année dernière par un autre label de Sony, donc sur papier pour un nouveau directeur, on ne faisait pas le poids...

 

Quel jugement portez-vous sur la production musicale made in France ?

D'un point de vue général, la qualité de la production (il faut comprendre le mot "production" à l'anglo-saxonne, ce qui concerne le son) s'est très largement améliorée en France ces dernières années. Même la variet' sonne bien, et ça n'a pas toujours été le cas. Concernant les artistes, c'est plus compliqué ; nous n'adhérons ni à la vague estampillée "Chanson Française", qui semble avoir oublié que les Beatles et les Stones ont un jour existé, ni à celle qui oublie que Brassens et Ferré ont existé, on veut parler de tous ces groupes qui chantent en anglais,  parce que c'est cool. Tu comprends peut-être mieux pourquoi Catleya ne vend pas de disques !

 

Ainsi, vos choix artistiques ne seraient donc pas dans les critères convenus et attendus par les maisons de disques, les radios, etc. ?

Il y a deux ou trois radios qui mènent le bal, aujourd'hui. Dans notre style, qu'on peut qualifier de pop/rock, tu as Virgin Radio, RTL2, et c'est à peu près tout. Leur playlist va conditionner deux choses: la playlist des autres radios partout en France, et la signature de nouveaux artistes, susceptibles d'y entrer. Les maisons de disques ont donc souvent un coup de retard, et les radios ne prennent plus aucun risque. On s'était entendu dire à l'époque par feu Europe 2 que notre premier single Rien ne presse était trop rock... alors leurs critères, hein, ça fait longtemps qu'on a laissé tomber !

 

Faute de production, le prochain album a été réalisé entièrement à la maison...

Pour Rien Ne Presse, nous bénéficiions de gros moyens qui nous ont permis d'enregistrer sur bandes, d'une part, ce qui est un luxe de nos jours et, d'autre part, de faire le maximum de prises live ; certains morceaux (par exemple Je me rappelle) sont live à 100%. Seule la voix a été refaite plus tard. Nous voulions en fait retrouver des conditions d'enregistrement proches de celles des disques d'antan ! Pour le nouvel album, c'est une autre histoire : c'est très difficile de réunir tout le monde en un seul lieu, il y a des contingences matérielles que seul un grand studio peut assurer pour enregistrer tout le monde dans de bonnes conditions. Les musiciens ont donc fait leurs prises chacun leur tour, dans leur coin. En revanche, cette manière de travailler a eu comme conséquence la présence plus affirmée d'overdubs (NDLR : l’enregistrement est fractionné) et autres bidouillages qui étaient hors sujet dans l'album précédent.

 

Comment s’est déroulé le travail de conception de cet album ? De manière plus générale, qu’est-ce qui vous inspire ?

Après la tournée en 2008, on s'est remis de façon intensive à l'écriture de nouvelles chansons. On en avait déjà sous le coude mais on voulait avoir du choix, c'était la première fois que CATLEYA était un peu attendu ! A l'automne on avait ce qu'il fallait, on a décidé de repartir en autoprod, de faire comme avant de signer chez RCA. On a ce qu'il faut à la maison depuis longtemps, justement pour ne pas être dépendant des circonstances et du bon vouloir de quelques décideurs.

L'enregistrement s'est étalé de février à décembre 2009, en fonction du temps et disponibilités de chacun, par petits bouts, avec Faro aux manettes. La réalisation, c'est un truc qu'il conçoit comme une suite logique à la composition des morceaux et d'ailleurs, il n'avait pas été cité pour le premier album pour des questions contractuelles mais avec le recul, c'est parfaitement injuste. D'une manière générale, on n'a rien voulu s'interdire pour cet album, contrairement au premier où le son et la manière de jouer, c'était quasiment du concept!

 

Parlez nous de Catleya : comment définissez-vous votre musique ? Qu’est ce qui selon vous la caractérise ?

C'est indéniable, nos principales influences musicales sont anglo-saxonnes ; si tu remontais à la source, c'est-à-dire les artistes qu'on écoutait quand on était ados, tu trouverais même essentiellement des groupes cold wave, voire gothiques ! Les compositions de CATLEYA partent le plus souvent d'un riff ou d'un gimmick duquel toute l'architecture musicale va découler (le piano de Rien Ne Presse, la basse des Jardins de Kyoto...). Le plus dur est de trouver le fameux gimmick (souvent complètement par hasard), tout le reste va très vite, c'est comme si tu dévidais une pelote de laine. Le vrai défi est de transformer un morceau en une chanson, ce qui n'est pas une mince affaire ; les textes et les mélodies viennent quasiment tout le temps après, et la langue française se manipule bien plus difficilement que l'anglais.

 

Quel est votre calendrier des prochains mois ?

L'album devrait sortir à l'automne 2010 (disponible en téléchargement), le temps pour nous de tout organiser, et je peux t'assurer que c'est un sacré bordel ! On prépare actuellement le live, avec un nouveau bassiste, Laurent David, et la venue d'un cinquième membre qui fera toutes les guitares additionnelles dont est truffé le nouvel album.

 

Hervé Pizon

 

www.myspace.com/catleyamusic

 

discographie

2004 : Superflu (autoproduit)

2007 : Rien Ne Presse (RCA)

2010 : II (en téléchargement)

 

 

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   loraine félix
 
     
 

Figure charismatique de la scène suisse francophone depuis ses débuts il y a environ cinq ans, l'auteur – compositeur - interprète Loraine Felix, qui a très vite explosé sur les scènes locales et reçu le soutien de nombreux professionnels, nous offre son tout premier album, «Mine de Rien» (Disques Office).


Entretien avec Timothée Haller, pianiste, choriste et arrangeur du projet :

 

NM : quel a été ton rôle dans ce projet ?

TH : Loraine et moi nous sommes rencontrés aux Ateliers du Funambule, il y a cinq ans environ. Elle m'a engagé comme pianiste et la collaboration a tout de suite été équilibrée et riche. Ces ateliers proposent une espèce de cursus sur 3 ans basé sur les rencontres entre artistes et sur leur développement artistique à travers diverses activités dont des cours d'interprétation qui ont pour but de déceler les potentiels et les optimiser. C'était le cadre idéal pour mettre en place une collaboration, et la nôtre se poursuit depuis. C'est Loraine qui écrit les textes et qui compose la musique. Mon but depuis le début est de  tout mettre en oeuvre pour amener ses idées au plus proche de ce qu'elle imagine. Je crois que je suis fait pour ça, je me suis senti à l'aise en pénétrant son univers et je  construis mon travail à partir du respect de ses idées et de ses envies.


NM : tu es le musicien idéal donc ?

TH : oui ! Blague à part il est beaucoup plus facile pour moi de me mettre au service de l'univers d'un artiste. Quand on travaille pour soi, il me semble plus difficile d'avoir le recul nécessaire pour porter un regard objectif sur ce que l'on fait. Sans regard extérieur ce n’est pas évident. Ce rôle à la fois très impliqué dans le projet et à la fois d'«intervenant» me convient bien.


NM : on ne peut donc pas parler d'un duo, même si tu interviens pas mal en
deuxième voix et si ta présence est assez forte sur scène ?

TH : non, ce n'est clairement pas un duo. C'est le projet de Loraine. C'est vrai pourtant que scéniquement, ça fonctionne peut être comme un duo, je suis peut-être plus en avant qu'un simple «accompagnant».


NM : d'ailleurs scéniquement vous gérez comment ?

TH : bien en général, mais je me rappelle une fois où le miroir que nous avons installé  face à moi qui suis au piano pour créer une sorte de profondeur et une belle image se cassait la figure sans arrêt! Je devais jouer sans faire bouger le piano... c'est un souvenir assez rigolo. Mais c'est vrai que la mise en scène a été pas mal travaillée, notamment avec Juliette Solal, les déplacements ont été pensés et bien préparés. Étant donné que nous sommes deux sur scène et qu'il s'agit de chansons à la forme classique piano-voix très épurée, il faut faire gaffe à ce que la spontanéité ne devienne pas un élément parasite. Il faut un minimum de discipline pour éviter un fouillis d'improvisation dans les mouvements, les enchaînements entre les morceaux, etc.

 

NM : c'est effectivement un projet assez classique dans la forme, qu'est-ce qui fait son originalité ?

Th : je pense que ce traitement, ce style est justement une force. La formule piano-voix nous a véritablement ouvert un créneau rempli de possibilités en comparaison par exemple à cette couleur «festive» de la chanson francophone actuelle. Nous n'avons d'ailleurs jamais douté de la direction que nous avons prise, on développe ça tranquillement mais sûrement. De même au niveau des sujets, Loraine est par exemple quelqu'un qui ne va pas traiter n'importe quel sujet. Elle ne s'engage que quand elle maîtrise son propos et elle est très pointue pour l'écriture de ses textes. Elle veut avant tout trouver le moyen d'amener jusqu'aux gens ce qu'elle veut communiquer. C'est  quelque chose de très important dans sa manière de travailler qu'elle perfectionne sans cesse. D'ailleurs elle va pouvoir encore y travailler puisqu'elle vient d'être sélectionnée  pour participer aux prochaines Rencontres d'Astaffort de Francis Cabrel, qui seront parrainées par Juliette.

 

NM : mais est-ce que tu ressens une certaine désaffection du public depuis l'explosion de la «nouvelle scène» chanson il y a 10-15 ans ?

TH : oui complètement, c'est très dur d'innover dans le domaine et les gens ont peut-être le sentiment d'avoir fait le tour de la question. Ce qui fait la différence à mon avis c'est une certaine recherche de style. Ce serait une erreur de vouloir à tout prix s'inscrire dans cette mouvance «jeune talent» ou«nouvelle scène». Des artistes comme Philippe Katerine ou Ariane Moffatt réussissent très bien ça, en modernisant les arrangements ils ont trouvé une bonne direction. On n'a pas l'impression d'entendre la même chanson tout le temps, le public est sensible à ça, au son, à l'image, à l'identité d'un artiste... On a trop souvent l'occasion d'entendre des «chansons recettes» dans la nouvelle scène, on fait une bonne chanson et les autres sont des copiés-collés... c'est dommage.

 

NM : comment s'est passé la création de l'album? Vous êtes satisfaits du résultat ?

TH : mis à part que les délais nous ont un peu stressés au niveau des retouches et du mixage final, nous avons eu de la chance. Les collaborateurs étaient réceptifs et efficaces et le professionnalisme des musiciens qui ont été engagés a été déterminant. C'était vraiment des pros! L'Association MAE (qui gère les Ateliers du Funambule) a été bien présente, elle s'est occupée de Loraine, de son développement artistique et également de la production, ça c'était confortable. J'ai pu également intervenir largement dans la direction artistique et ça m'a beaucoup apporté.


NM : comment envisagez vous la suite ?

TH : bien! On espère déjà que l'album va trouver un bon écho et nous permettra de viser plus de scènes. Nous allons d'ailleurs travailler à étoffer la formation pour toucher certaines salles plus grandes peut-être, à moyen terme. Engager des musiciens additionnels selon les endroits en tous cas fait partie des choses auxquelles on pense. Nous aimerions évidemment essayer de développer quelque chose à l'étranger... Le projet Loraine Felix étant fraîchement lauréat de la Médaille de Bronze de Saignelégier, on va peut être pouvoir surfer sur cette vague pour continuer à avancer !

 

 

Vous trouvez l'album et l'actu de Loraine Felix sur www.lorainefelix.ch


Nadine Mayoraz

 

 

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   superbravo
 
     
 

Armelle Pioline, en attendant solo

Une expérience jubilatoire de et pour son auteur : spontanéité revendiquée et assumée, textes premier degré en anglais, liberté et multiples influences musicales. C'est direct aux oreilles, authentique, folk ou pop, inspiré, jamais guimauve, talentueux et frais. Rare en somme. SuperBravo - nom de clavier - est le projet solo d’Armelle Pioline du groupe Holden*. On peut savourer à l'envi et se délecter des huit titres de A Space Without Corners sur un juke-box virtuel **, sans jeton... ou encore sur scène. En attendant l’album ?

 

Entretien avec Armelle Pioline

 

SuperBravo, un projet solo, cela signifierai-t-il que Holden, "c’est plus pareil" pour Armelle Pioline ?

SuperBravo, que j'ai fait joyeusement éclore cette année, est un acte récréatif et sûrement un peu réactionnaire par rapport à Holden, Holden, c'est dix ans de travail musical exigeant avec Mocke, un groupe, un label, un manager, des disques, de la promo, des tournées ... le cycle s'est répété quatre fois, et malgré tout le bonheur que j'éprouve à faire partie de ce projet, j'ai eu récemment une fulgurante envie de tenter autre chose; j'ai imaginé un projet plus léger (le nom même l'indique), solitaire, en anglais, pop, plein de choeurs, très direct... aussi, j'éprouve un plaisir nouveau à aller jouer seule avec ma guitare, même si mon trac est multiplié par 1000 ! Holden pour autant est omniscient chez moi; ce que je fais avec Mocke, je ne peux le faire qu'avec lui, nous sommes un duo indissociable; on a repris l'écriture commune pour le prochain disque, et de ce point de vue là, je crois bien qu'Holden, "c'est toujours pareil"...

 

Tu  présentes SuperBravo comme une récréation, quelle belle humilité ! Alors même si Holden ne jouit pas d'un succès populaire - au-delà de son succès critique ou  d'estime - tu te méfies d'une certaine manière d'un système - label ou media - qui te happerait, tu es  insaisissable ?

Ce n'est pas de la méfiance, non, plutôt de la lassitude, finalement, on ne voudrait pouvoir faire que de la musique, et la jouer dès que possible, dans des bars, dans des appartements, à l'Olympia, n'importe où, et ne surtout pas avoir à attendre un planning ficelé par une maison de disques ou un tourneur pour passer à l'action.

 

Juke-box vient de l'argot « juke-joints » qui désignait à l’origine un bar où l'on danse...

Je redécouvre ça avec SuperBravo, le plaisir de sortir un titre à peine enregistré, le jouer quand bon me semble, répondre à toute sortes d'invitations, de façon légère et enthousiaste ...

 

Tu as multiplié ces derniers temps les participations et les collaborations avec d’autres musiciens ou groupes...

Oui, j'aime bien chanter les chansons des autres, ça fait sortir de son rang, ça fait prononcer des mots inhabituels... et puis récemment, j'ai eu la joie de me faire embaucher par Tristan Poupée, mon groupe parisien préféré, où je tiens le rôle de choriste et de batteuse low fi (NDLA : contraire de hi-fi, un son non aseptisé)... on est en train de finir notre premier disque, ça va être un petit bijou !

 

A l'écoute de A Space Without Corners, on sent musicalement des connexions évidentes avec Holden, son style inimitable et son son reconnaissable entre mille alors même que d'autres musiciens ont mis la main à la pâte ?

Tout ça se passe dans la même sphère musicale, les musiciens qui ont été mêlé à SuperBravo ont pour la plupart été très proches d'Holden... et puis ce sont des morceaux sortis de la moitié de la tête d'Holden ...

 

Un juke-box en principe, ça joue un disque et c'est payant ! Alors, A Space Without Corners sera bientôt un album sur support physique et/ou à télécharger ?

Oui, je suis en train de travailler dessus, j'ai un 6 titres fabriqué à la maison qui circule en concert, en attendant de finir l'album, qui sortira à la rentrée, mais à ce stade, j'aimais l'idée du juke-box gratuit, pour faire partager ma musique le plus simplement et le plus vite possible.

 

Un label, qui produit ?

Mocke et moi avons tout récemment monté le label Watusa records, destiné à sortir un best of d'Holden, où nous voudrions faire figurer à la fois le "meilleur" et une flopée d'inédits ... parallèlement, on aimerait que sortent sur Watusa les projets de musiciens qu'on aime et qui ne trouvent pas de label (Tristan Poupée, Haussman Tree, Arlt, Antoine Loyer, Lala et beaucoup d'autres...); SuperBravo sera le premier album du label...

 

Quelle sera la ligne de conduite de ce label ?

On rêve du label idéal, un nid où les artistes talentueux sauraient qu'ils peuvent être diffusés, avec ou sans album (un seul titre merveilleux peut avoir toute sa place) .... Mais aussi proposer leur vision de la musique en concoctant des mixes réguliers pour la radio Watusa... Tout ça devrait donner naissance à une sorte de "commune" musicale belle et sensible, hors de toute considération commerciale...


Un label, une radio - webradio j‘imagine ? - une commune, c’est une insurrection musicale ?

OUI ! c'est ça, une insurrection musicale ! il était temps non ? Il y a tant de bons artistes dispersés qui ne demandent qu'à faire partie d'une commune... je serai très heureuse d'être capable de les rassembler...

 

Propos recueillis par Hervé Pizon

 

* www.myspace.com/holdenfrance

** goodmorningtwist.free.fr/SuperBravo

 

en écoute

www.myspace.com/SuperBravoMusic

 

 

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   le point de vue  gilbert laffaille
 
     
 

A un reporter radio qui lui demandait qui seraient aujourd'hui "les héritiers de Jean Ferrat", le ministre de la Culture aurait répondu : "Bénabar et Benjamin Biolay".

 

Je ne sais pas si cette réponse est authentique, je n'en ai pas retrouvé la source (une nouvelle rumeur... ?) Ce qui est sûr c'est que Mitterand n'a pas dit : "Gérard Pierron, Claude Semal, Philippe Forcioli, Bernard Joyet, Christian Paccoud, Michel Bühler, Jofroi, Allain Leprest, Jehan, Rémo Gary, Jean-Michel Piton, Loïc Lantoine, Yves Jamait... " Ca se saurait !!! 

A cette triste occasion, les médias (si souvent mis en cause par Ferrat (*) ont donné leur pleine mesure... et nous avons eu droit en boucle pendant 48 heures au "Poète de l'Ardèche, sagement retiré du show-bizz..." Qu'à cela ne tienne, le show-bizz viendra à lui ! En hélicoptère s'il le faut ! Qu'importent les larmes de crocodiles, quand il s'agit de profiter de la disparition d'un artiste aimé du public pour faire de l'audimat et vendre du papier ! N'en déplaise à ces thuriféraires de la dernière heure, je me permettrais de rappeler que si "Nuit et brouillard" est bien de Jean Ferrat, "Ma Môme" a été écrit par Pierre Frachet, que l'auteur de "Potemkine" est Georges Coulonges, et celui de "Je ne suis qu'un cri", Guy Thomas, "Les belles étrangères", Michelle Senlis , "C'est beau la vie" ,"Deux enfants au soleil" Claude Délecluse et Michelle Senlis, "La Matinée" Henri Gougaud, et que quelques autres textes sont signés Pierre Louki, Philippe Pauletto, Pierre Grosz, sans oublier bien sûr Louis Aragon ! 

C'est d'ailleurs tout à l'honneur de Ferrat d'avoir su s'entourer d'excellentes plumes quand il n'était pas lui-même l'auteur de ses chansons. C'est une preuve d'ouverture d'esprit, de talent et d'humilité. 

Mais chacun sait (?) que la mémoire, l'exactitude et l'honnêteté ne sont pas les principales qualités des médias.

On nous avait déjà fait le coup avec Trénet, Barbara, Nougaro... tiens, au fait, il me vient en passant une question pour les programmateurs : 

si ces artistes sont si exceptionnels, si magnifiques, si "indispensables" - "le dernier des monstres sacrés", "la grande dame de la chanson française" , "un géant qui disparaît", "la chanson orpheline" -

Euh... pourquoi ne les diffusez-vous pour ainsi dire jamais ? Sauf quand ils meurent ? 

Si vous passiez les chansons que vous aimez, ce ne serait pas plus simple ?

Quels sont vos critères de programmation ? A quoi êtes-vous tenus ? 

"Pour quelles raisons les radios mènent-elles cette politique ? Il y a bien sûr, en premier lieu, l’accélération des phénomènes de concentrations verticales (entente producteur-diffuseur), mais aussi une autre raison : plus les radios «matraquent» le même titre, plus elles font des «tubes». Plus elles font des «tubes», plus elles ont d’écoute. Plus elles ont d’écoute, plus elles ont de «pub» et plus elles ont de «pub», plus elles font de profit...) La «libre entreprise» des marchés dans le domaine de la chanson conduit à un appauvrissement dramatique de la diversité culturelle : elle met en cause l’existence même de la liberté d’expression pour la très grande majorité des artistes français."

Jean Ferrat (*)

 

(*) Article de Ferrat publié dans "Le Monde Diplomatique" en mai 2004 :

Chanson française et diversité culturelle

www.monde-diplomatique.fr/2004/05/FERRAT/11221 

 

A propos de ses relations avec les médias :

Ouest France, Jean Ferrat - un chanteur censuré

www.ouest-france.fr/actu/disques_detail_-Jean-Ferrat.-Un-chanteur-censure_3724-1295864_actu.Htm

 

 

Gilbert Laffaille

 

www.gilbertlaffaille.fr

www.myspace.com/gilbertlaffaille

 

 

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   jil caplan - "made in china"
 
     
 

Journal Chinois en cours d’écriture.

 

En octobre 2009, j’ai reçu la proposition de faire une tournée en Chine. Dix concerts dans 10 villes différentes. Ce genre de propositions n’arrive pas dans votre boîte mail chaque matin, et j’ai tout de suite accepté, sans réfléchir plus avant. L’Asie, je connais, j’ai déjà joué au Vietnam et en Birmanie, donc je sais que les conditions seront bizarres la plupart du temps, spartiates dans certains cas, mais je sais aussi que ce voyage sera unique et exceptionnel.

 

 

Les Alliances Françaises ont organisé la tournée. Il faut savoir que les Alliances sont des écoles de langue française, autonomes et indépendantes, et que nous seront rémunérés par l’argent des cours des étudiants chinois. Donc pas de luxe ni de brochettes d’ambassadeurs au programme…

 

 

La Chine ! La Chine… Tout de suite, en vrac, on pense à Mao, au communisme dur... On pense au Tibet, à Tien An Men, à Confucius, mais aussi au restaurant Chinois où on va manger en bas de chez soi ; on relit« Tintin et le lotus bleu», on pense à un territoire si grand qu’on ne sait même pas situer Pékin sur une carte. On ne sait pas s’il y fait froid au printemps, ou bien très chaud. On ne connaît que des photos de la Chine ancienne ou des barres d’immeubles en série, bref, la Chine, c’est l’auberge espagnole, on ne sait pas ce qu’on va trouver, on ne connaît d’elle qu’une image d’Epinal.

 

 

Le 7 avril 2010, nous voilà tous les trois dans l’avion… Je pars avec mes fidèles musiciens, sans qui je ne suis bonne à rien : Jean-Christophe Urbain (guitare) et Gérard Sorel (Basse). Nous avons répété un set acoustique, facile à transporter grâce à quoi nous serons autonomes dans nos transports. Un sac de câbles, quelques harmonicas, 2 micros de secours, pour parer à toutes mauvaises surprises. Les musiciens-voyageurs en toute liberté, quoi !

 

 

Après 9 h de voyage, nous arrivons en transit à Pékin. Première constatation, le café est rare et cher, et mauvais de surcroît. Le premier orteil posé dans notre première ville, Wuhan, c’est la hauteur des building et le bazar qui règne partout en maître. Mais que fait la police ! Partout, ça se double, ça se klaxonne, les piétons risquent la mort à chaque carrefour, dans l’indifférence général. Le soir, c’est un fouillis de bouis-bouis qui envahissent les trottoirs et vendent des brochettes, suites sur les braseros de fortune. On s’assoit sur les tabourets en plastique, la nuit est douce et fraiche, et le virus de la Chine commence à se propager dans mes veines…

 

 

Notre premier concert se déroule dans l’auditorium d’un musée, grande salle en bois verni, qui contient 700 personnes. J’hallucine ! Mais qui sont ces gens qui viendront me voir en Chine ! Nous sommes dans l’expectative. Au final, la salle sera remplie de 580 personnes, par des étudiants chinois frais comme des gardons …

 

 

Le problème récurrent est que les Chinois n’ont pas la même culture du son que nous. Pour eux, on branche une guitare, on règle le volume à la louche, de la reverb’ en masse sur la voix et hop c’est parti sans chichi. Nos réglages les ennuient, et dès qu’on a le dos tourné ils n’hésitent pas à tout débrancher pour laisser la place à un DJ ou un groupe qui joue après nous. Ça nous rend assez fous de rage… Combien de balances ont été sabordées à cause de ça ?

 

 

Forts de cet enseignement, les balances se sont simplifiées au fil des concerts… Même si les étudiants sont un peu dissolus pendant qu’on joue, (boire des coups, s’invectiver, se héler..) ils sont bien présents et en redemandent toujours ... Et dès la dernière note jouée, ils montent sur scène tout excités pour faire des photos avec nous. La plupart du temps, les loges se résument à une arrière-cour mal éclairée, à un coin de bar sommaire, ou à des toilettes ouvertes aux 4 vents. Pas très pratique pour le make-up… La Chine. Impossible de simplifier ce pays en quelques phrases… il y a trop de contraste, de surprises ; il faudrait revoir tous nos jugements européens qui paraissent vieux et usés comparé à l’appel du futur qui n’en finit pas de grandir en Chine, quitte à détruire le passé à coups de pelleteuse ; quitte à reconstruire à l’identique un monument, un quartier, une architecture ancienne. Ce pays est ainsi, pris dans une course folle au gigantisme, au modernisme. Il y a de la casse et les campagnes sont archaïques, mais globalement, tout le monde a du travail, tout le monde a un toit.

 

 

Je me suis vue rester là. J’ai aimé le tourbillon incessant des villes, j’ai aimé les vieux qui sourient encore malgré les famines traversées, j’ai aimé les enfants uniques, choyés comme des princes ; j’ai aimé les plats tellement épicés qu’on descend un litre de bière pour se rafraichir, mais sans succès ; j’ai aimé marcher, flâner, me coucher épuisée et me lever aux aurores pour attraper des avions pour aller à l’autre bout de la Chine. J’ai aimé que personne ne me comprenne et j’ai aimé ne rien comprendre de la télé omniprésente, et des conversations. J’en comprends suffisamment comme ça en France… J’ai aimé les cultures en terrasse et la terre orangée du Yunnan. J’ai aimé tout ce que j’ai connu, mais j’ai l’impression après 1 mois et 10 jours de voyage d’en avoir vu si peu. D’en avoir saisir si peu. Et pourtant impressionnée comme du papier photo d’avoir été plongée dans grand bain de foule Chinoise… Va falloir y retourner, c’est sûr.

 

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Jil Caplan

 

 

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