n° VINGT-DEUX -juin 2008

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. DUAUX

 

 
 

. FREDDA

 

 
 

. JULIETTE

   
 

. Les PRIMITIFS du FUTUR

   
 

. ZITA SWOON

   
       

  Patricia ASSOULINE

Deux mois de spectacle que Patricia Assouline vient de donner au Théâtre d’Edgar. Le public a été présent au Rdv... un entretien avec cette comédienne énergique, volontaire éclaire un peu son parcours particulier... cet entretien réalisé quelques jours avant la première, aurait dû paraître début Mai, et une sorte de bug humain a zappé l’article. Au moment où elle parle Patricia Assouline ne sait pas comment ça va se passer. Aujourd’hui, on sait que le spectacle est allé au bout des deux mois prévus, avec un petite rallonge.

 

Patricia Assouline : .... ma vie d’artiste ? j’ai eu envie très jeune vers 14 - 15 ans, à l’école on avait monté une petite pièce et je me suis fait remarquer, les profs avaient adoré et puis quand j’ai fini le lycée, je pouvais pas faire lycée et théâtre, c’était trop fatigant mais le lycée fini j’ai pris des cours de théâtre... la première fois c’était un cours qui acceptait les personnes handicapées, j’étais la seule, je voulais ne pas être qu’avec des handicapés... on a monté un spectacle «Maintenant le poètes chantent», de Trénet à Ronsard Baudelaire, on était 3 ou 4 sur scène , on a joué à Paris à Rennes puis j’ai pris d’autres cours j’ai joué «La ménagerie de verre» «La cantatrice chauve»... j’ai commencé vers 20 ans, en même temps, j’étais à l’Université de Nanterre, Arts du spectacle, ça m’a bien passionnée, plusieurs années de cours parallèlement à la Fac jusqu’en 2005. Puis il y a eu l’aventure des «Hors la loi» une comédie musicale écrite par Alexandre Bonstein et mise en scène par Agnès Boury qui sont des grands noms mais que je ne connaissais pas, je savais pas mais ils sont connus dans le métier...Donc, j’avais entendu parler du casting et j’y suis allée, ils m’ont retenue et on a joué 2-3 ans, Marigny, puis le Gymnase, un festival au Canada, Lille, Lyon, Bordeaux Clermont-Ferrand... une super belle aventure, arrêtée prématurément, mais les gens ont vraiment aimé ce spectacle.. C’était vraiment une bonne pièce, drôle, avec des chansons, le projet était à l’initiative de l’association Handi Art, qui est allé voir Dove Attia et il a produit la pièce, c’est comme ça que ça a démarré. C’est un rôle que je suis vraiment allé chercher, le casting était fini, je me suis débrouillée pour avoir un Rdv, je leur ai fait un peu de chanson un peu de théâtre, ça leur a plu, et ils m’ont engagée. Les Hors la loi se sont arrêtés en juin dernier, moi parallèlement, j’avais en tête le rêve de faire un truc seule, que j’écrirais, ou qu’on m’aiderait à écrire, mais seule en scène, un one woman show, c’était un peu prétentieux, et en fait je savais pas trop comment faire, pour écrire, je n’étais pas sûre de moi ... Et j’ai rencontré Clémentine Célarié, j’étais allée la voir dans un spectacle qu’elle faisait, et on s’est parlé, je jouais dans les Hors la loi, et on est restées en contact, j’avais trouvé une comédienne Claude Fraize, qui est venue, m’aider à écrire, on essaie et puis on voit si ça marche... D’abord j’avais des chansons ; de très beaux textes de chansons d’une amie que je connais depuis plus de 10 ans ; des textes qui me collent à la peau, moi je voulais en faire quelque chose, chanter j’adore ça, mais ce n’est mon truc préféré, ce que je préfère, que je sais le mieux faire c’est du théâtre. Avec Claude Fraize, on a intégré les chansons dans ce spectacle où je racontais ma vie, je racontais sur magnétophone, et 3 fois par semaine elle venait, retranscrivait, on changeait des choses, jusqu’a la mouture finale. Là, j’ai revu Clémentine, je lui ai fait lire, elle a été emballée, et à partir du moment où elle a été libre, elle m’a dit j’aimerais bien faire la mise en scène, j’ai dit banco, bien sûr... et ça a démarré comme ça et on a fait la mise en scène, de septembre à mars... pour jouer du 20 Mars au 24 Mai. Là je suis assez stressée, c’était un pari, on ne peut pas savoir ce qui va se passer, il va falloir affronter plein de choses, nouvelles, soit les gens adhèrent, soit ils ne vont pas suivre, on ne peut pas savoir. Ce que je veux, c’est qu’on oublie le handicap, c’est sûr qu’au début, avec mon fauteuil, on ne peut pas l’éviter, mais je veux que ce soit le jeu et le texte qui les accrochent, il y a des choses très directes très franches, qui vont certainement faire un peu grincer, mais je ne veux pas qu’on s’apitoie, je ne veux pas chercher cet apitoiement... Il y a des textes très réalistes, mais des textes poétiques, aussi, c’est ça mon but... je ne veux en aucun cas viser le public concerné par le handicap, c’est ce qui va se passer j’espère ... Je suis une comédienne avec cette particularité d’être handicapée, mais il faut le faire oublier assez vite... je veux me sortir de ça, pas rester dans le ghetto...

D’ailleurs le théâtre d’Edgar n’est pas équipé d’un accès privilégié des handicapés...

 

Nous concluons en prenant rendez vous pour un entretien bilan après le spectacle, ce sera pour le numéro de rentrée ; La conclusion ? Quand j’avais 10 ans, on nous disait à cœur vaillant rien d’impossible, Patricia Assouline montre que c’est toujours vrai. Merci de nous le rappeler d’aussi belle façon.

 

Propos recueillis par Norbert Gabriel

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  DUAUX -Tea for three

 

Tea for three est une sorte d’entretien à 3 participants, l’artiste, un envoyé spécial de LDDLO, et un témoin qui a un rôle d’entremetteur, en ce sens que souvent il a été le déclencheur de la rencontre. C’est le coup de téléphone de quelqu’un que vous connaissez, qui vous somme toutes affaires cessantes d’aller voir tel spectacle, dont vous ne savez rien, mais l’enthousiasme de l’interlocuteur(trice) vous entraîne, et vous découvrez.... et partagez ce coup de cœur.

 

Ainsi, récemment, Stéphane Derossis comédien théâtre, cinéma et actuellement dans un spectacle musical inventif et drôle, «Déconcertez-moi» me signale «Duaux» un duo qu’il a vu en Avignon en Juillet dernier, et qui sont invités par le Set de la Butte*. En effet, ce spectacle est remarquable, et propice à cette nouvelle forme (pour moi) d’entretien, Tea for three... L’avis et le regard de Stéphane, personnage aux opinions urticantes sans concessions, seront un relais intéressant. Pour le premier RDV de cette formule le casting est généreux, Duaux est un groupe de deux, (avec un musicien en scène) ce sera donc un tea for quatre.

Présentation des Duaux : Annabelle Stéfani, comédienne de théâtre, plutôt dans le genre dramatique, a fait des interventions de coach scénique dans le monde de la chanson, c’est ainsi qu’elle croise Vincent 2G qui se produit depuis quelques années (Didier Varrod l’a reçu dans ses émissions) et que naît «Duaux» lui, pianiste, ACI, elle, interprète venant bousculer l’univers du chanteur avec ses idées de scénographies théâtrales (au sens mise en scène précise et réglée) Le résultat est un spectacle avec deux vrais personnages, pas un faire valoir plus ou moins accolé à la «vedette». Dans la configuration du Set de la Butte, le public est dans une proximité complice, l’espace scène n’est pas coupé de la salle, c’est parfait pour Duaux, avec l’accordéoniste Philippe Mallart. Si on devait les rattacher à une famille ce serait celle de l’Opéra de Quat’sous, dans lequel chaque chanson est une mini comédie. Duos dialogues avec humour acidulé, truculent, tendre, décapant.

 

 

Stéphane Derossis : j’avais vu leur création à Avignon j’avais trouvé ça léger, fluide, un mélange que je n’ai pas retrouvé au Set ... Pourquoi ? je n’ai pas retrouvé la spontanéité... trop de travail tue le travail, ou le mieux est l’ennemi du bien. Peut-être que le souci d’améliorer le spectacle a infléchi dans une autre direction, ce que j’ai aimé leur échappé plus que ce que je croyais.

V2G : la fragilité ?

SD : Oui et aussi la structure du spectacle qui racontait une histoire, on commençait sur toi, un mec piano bar solo, un peu cynique, et l’arrivée d’une perturbatrice ? j’avais aimé cette construction, là, c’est un côté uniquement concert, avec des petites touches de théâtralisation mais qui ne sont plus le fil conducteur.... personnellement je trouve que ça met moins en valeur les chansons pour moi, c’est une fausse route,

NG : pourquoi ça a changé ?

V2G : justement pour ça, on trouvait que c’était une faiblesse du spectacle d’être à mi-chemin entre les deux, au départ, c’était Vincent2G chanteur dérangé, c’était un parti pris, et ce qu’on a voulu faire ici avec Duaux, c’est un rééquilibrage pour avoir une forme plus construite, avec deux chanteurs à égalité qui se répondent pendant la durée du spectacle..

Annabelle Stéfani : mais qui n’est pas un parti pris, Avignon c’était le début de la rencontre avec ce que je pouvais amener du théâtre, on avait eu le temps de travailler sur le fond tous les deux, et aujourd’hui, ça devient plus ce qu’est Vincent, un chanteur de concert, et la théâtralité d’Avignon est impossible à trouver dans les cafés où on tourne à Paris par exemple.. Le problème, c’est qu’on n’a jamais de salle pour travailler, de scène pour s’installer, c’est toujours du piano voix. Le rêve c’est de travailler avec l’espace, comme lorsqu’il y a un musicien en plus à intégrer.

SD : pour moi, c’est clair qu’il y a 2 possibilités, comédien ou chanteur, et comédien-chanteur, t’es quand même spécialisé sur un des deux.. ce que je trouvais intéressant dans ce qui était développé c’était la comédienne chanteuse qui vient mordre sur les plates bandes du chanteur, La femme qui vient avec une montée dramatique dans l’univers d’un mec à la gainsbarre. Ce que j’aimais dans ce duo c’était partir sur un des deux et l’autre arrive pour perturber, déranger, il y a des chansons que j’avais aimées à Avignon et que je n’ai pas réentendues

V2G : il y a en qu’on a virées

SD : certaines m’ont manqué

V2G : les chansons politiques ? on les a virées parce que ce n’était pas le propos dans cette version-là.

SD : ce qui m’a manqué aussi dans cette version concert, on entend beaucoup moins les textes qu’avant, on est convié à écouter un concert, mais moi j’étais venu pour un concert théâtre mélangé, j’adore ça, et ça fonctionnait super bien

Anna : c’est aussi le fait d’arriver sur des chansons qui existent...Avignon, il n’y avait que 2 chansons créées pour faire des liens. là encore, ce sont des chanson qui existent, pour un concert, c’est le propos,

SD : oui n’empêche malgré tout, pour moi Avignon c’était bien mieux. et vous deux seuls. Je comprends le rôle du musicien, mais le mec seul au piano, dérangé par une nana, c’était plus fort. J’ai pas vu le même spectacle

V2G : mais c’est pas le même

NG : Avignon, comment ça s’était construit ?

V2G : j’avais fait un album il y a 2 ans, avec des scènes à Paris, et un jour Anna est venue me voir pour me proposer son regard de metteur en scène et de comédienne, que j’ai accepté parce que c’était constructif, et j‘ai écrit un duo pour le rappel, et quand elle est venue en rappel, j’ai bien senti chez elle l’envie de chanter et j’en ai écrit 2 puis 3 puis 4 , et elle a eu la possibilité de venir à Avignon avec moi, et c’est parti comme ça.

 

NG (à Anna): qu’est ce qui vous amenée à vous intéresser à la chanson ?

V2G (en riant): elle, elle chante tout le temps

Anna : je suis comédienne ; tragédienne et la chanson m’a amené une légèreté ; voilà, c’est mon univers et mon éducation, je me suis éloignée du théâtre quelques temps et ce qui m’a donné envie d’y revenir, c’est la chanson. c’était frais, moins cérébral, les gens arrivent à changer les choses sans se poser en élites bien pensantes, les gens de la chanson m’apparaissaient plus simples, plus sains et plus accessibles... ça m’a redonné l’envie du spectacle... et ce spectacle d’Avignon pour moi, était un début de travail, on n’a jamais pu approfondir, toujours à l’arrache... Les musiciens n’ont pas l’habitude de travailler comme ça en profondeur, c’est l’approche de la comédienne, j’étais entre deux choses, respecter l’ego du chanteur et trouver une histoire un peu cohérente, pour avoir une existence qui valorise l’ensemble, et qui me donne un vrai rôle. Après il y a la réalité financière, on travaille sans cachet... Artistiquement, je trouve que le piano voix marche, mais il y a les goûts artistiques de Vincent et ses envies de musique, je suis au service du projet artistique de Vincent, dans lequel je ne trouve peut être pas toujours mon compte en tant que comédienne, je suis chanteuse, mais la comédienne est un peu frustrée... Je suis persuadée qu’il y a deux histoires, trouver le chemin qui satisfait le désir du musicien avec le projet de disque, et une autre boîte, plus orientée théâtre... ce qui suppose un accompagnement de structures comme Ivry (les résidences chanson) et là c’est notre différence, qui fait et la complicité et la chamaillerie de nos personnages....

V2G : je m’en rends compte, moi je tire vers la musique, elle tire vers le théâtre... il faut trouver l’équilibre entre les deux.

SD : c’est pour ça que je n’ai pas vu le même spectacle

Anna : tu vois, on va jouer au Gobe-Lune, un café, on est assis tous les deux, il n’y aucun espace scénique possible ; et pour le moment c’est le biais de la mise en place... Moi en tant que comédienne, aller chanter dans un endroit comme ça, c’est pas mon truc, c’est pas ma place, j’ai l’impression d’être un instrument de musique, et puis pourquoi pas ? Mais... bon, lui se sent très bien.

 

NG : quelle est la relation avec le public ? quelle perception ?

Anna : La relation au public est beaucoup plus simple et plus déstabilisante,, tout le monde a un avis sur la chanson, au théâtre, et moi je viens du théâtre subventionné , avec confort, c’est un peu du théâtre pour les gens de théâtre, pas pour les «vrais gens», donc, en chanson, ces avis multiples peuvent remettre en question des choses qui sont fragiles à construire, surtout dans cette formule où ma place n’est pas bien définie, j’ai l’impression de batailler, je suis en frustration de jeu,, avec tout ce que j’ai appris sur la chanson, j’aimerais me coltiner des projets avec des martiens , avec cette énergie... ma position, 2 jours après ce concert, je suis un peu chafouine.... mais j’aime ça.

SD : j’ai vécu ça avec Le cabaret, en fait quand tu chantes une chanson, il faut rester comédien, Tu rentres dans les chansons comme un comédien, pas en allant chercher des trucs super techniques, tu nourris les chansons d’une autre façon, c’est le charme du spectacle vivant, et on te dit, tu chantes super bien, alors que toi, tu sais que tu chantes pas super bien, c’est pas la même chose..

Anna : c’est les retours que j’ai.. le public est très réactif, très encourageant. ;

 

NG : comment le musicien perçoit ce travail théâtral ? c’est une gêne ? une ouverture ?

V2G : ça dépend des moments, je suis ouvert à ça, j’aime le théâtre, la comédie musicale mais dans la pratique c’est plus difficile, il faut jouer avec ça, je ne suis pas comédien, parler aux gens pour moi c’est la chose la plus difficile en scène.. ça me demande un effort, quand c’est dirigé c’est compliqué pour moi. j’aime bien l’idée d’aller vers cet équilibre musique théâtre sans perdre ce truc du concert. c’est avant tout des chansons

SD : justement c’est à exploiter, d’un côté une comédienne qui est obsédée, est-ce que je chante bien, de l’autre un chanteur, est ce que je parle bien ?

V2G : c’est vrai.

SD : utiliser ces deux maladresses pour en faire des armes

Anna : on est d’accord, mais avec la notion du travail dans ce sens-là, et les musiciens, pour eux c’est trop de travail. c’est impossible.

V2G : et on n’a pas les conditions pour le faire

Anna : on peut, hors musique, dans le salon, chacun de son côté, mais il n’y pas cette recherche, et quand un musicien se rajoute, il ne s’investit pas autant que nous dans cette direction.

V2G : on parle beaucoup de nos doutes jusqu’à présent..

Anna : mais parce qu’on cherche.

SD : justement c’est sur les doutes qu’on gagne la partie, c’est ça qui est riche, les gens qui ont des certitudes ça me gonfle, même s’ils sont très bons, ils sont sur une ligne immuable, ça m’emmerde. L’artiste doit être quelqu’un qui doute, qui s’interroge...

 

NG : Kent récemment me disait la même chose, le jour où je n’ai plus de doutes je suis mort, et avec son parcours très diversifié, rock, roman, chanson, bande dessinée, auteur-compositeur-interprète, il est l’exemple type de l’artiste complet.

V2G : j’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de place pour les entre-deux, les gens sont plus ouverts aux choses un peu atypiques. Il y a ceux qui ouvrent les routes et ceux qui s’engouffrent dedans...

SD : le problème majeur, c’est de trouver les structures qui offrent des espaces à ces spectacles mixtes, ensuite, il y a les programmateurs, qui sont dans un schéma très figé, avec des cases bien formatées, c’est chanson ou théâtre...

Anna : on fait des tremplins, mais chaque fois se pose la question cabaret-chanson ou théâtre. Pour moi le spectacle piano voix c’est le spectacle qu’il faut faire, c’est pas ce vers quoi va Vincent, qui pense à un disque, à plus de musique.

V2G : c’est vrai que je pense à des orchestrations qui sonneraient bien, avec un bassiste, une guitare, un accordéoniste. voilà.

SD : c’est pas la même chose il y a 2 spectacles à faire, pour le concert, l’accordéoniste pourrait être théâtralisé

V2G : mais il ne veut pas, dans la chanson la femme nouvelle, je lui ai dit, regardes-la quand elle dit arrête de regarder mes fesses... ah non, c’est pas son truc.

Anna : il est contre tout ce qui n’est pas sa partition... il est dans son rôle strict de musicien, point final. Ce spectacle au Set, c’était une première, on ne l’avait jamais fait comme ça. Avignon, on l’a joué 21 fois de suite...

SD : c’est ce qui donnait ce peps, cette légèreté qui m’avait emballé, attention, je dis pas que maintenant c’est de la merde, les chansons que j’ai aimées, je les aime toujours...

Anna : moi je ne suis pas dans le schéma qui me convient le mieux. cela dit, à Avignon, on a eu aussi des retours contraires : trop théâtral,

V2G : hier c’était des retours bienveillants, des copains, mais qui avaient vu Avignon, ou quand je jouais avec Philippe, ils ont trouvé que c’était plus carré,

SD : les chansons politiques m’ont manqué..-

V2G : c’est très clivant, les chansons politiques, les retours sont ... contrastés...

SD : l’an dernier on a fait un spectacle, sur, et avec Brassens, et avec des tirades assez pêchues, et un festival (Brassens) qui était intéressé nous a dit, oui mais le truc politique là, c’est ... faudrait l’enlever... Et bien non, tant pis, on n’ira pas... en province, on l’a joué une trentaine de fois, sans problème, ni cette sorte de censure larvée ...

V2G : j’ai une chanson qui s’appelle la Berluscosite, et Anna elle est pas à l’aise...

 

NG : pourquoi ?

Anna : c’est le fond et parce que je me demande ce que je fais là, c’est une question de cohérence des personnages, le personnage politisé c’est lui, mais moi je suis ailleurs...

V2G : la difficulté, c’est qu’on cherche à faire des duos, voilà..

Anna : quand on a travaillé ces derniers jours on avait un regard extérieur, mais sur nous, le musicien n’est pas concerné, il ne parle que de rythme, comme s’il avait peur que tout soit sur moi... C’est un travail en résidence qu’il nous faudrait...

 

Propos recueillis par Norbert Gabriel

 

Le débat se poursuit entre les 3 comédiens chanteurs, sur les directions possibles à donner dans ce projet global qui réunit un spectacle genre théâtral, avec chanson, un concert avec deux personnages, et un album qui aurait des ambitions différentes, et complémentaires. De fait, nous sommes à la confluence des plusieurs formes qui se rejoignent sur la scène, mais qui divergent dans la logique des programmateurs fonctionnant souvent avec un système de cases prédéfinies. Il ne faut pas que ça déborde sur la case voisine. C’est la difficulté qu’ont rencontré plusieurs spectacles parmi les plus créatifs, le spectacle «avec» Brassens, décrypté dans ces colonnes il y a deux ans, le spectacle «Déconcertez-moi» de l’Attrape Théâtre, et aujourd’hui Duaux. Pourtant ce sont des spectacles tous publics, fédérateurs , mais handicapés par le conformisme ambiant. Et c’est en province que ça marche le mieux, avec un excellent bouche à oreille. C’est pourquoi il est vraisemblable que nous reviendrons avec Duaux dans quelques mois, pour voir comment Anna et Vincent ont concilié leurs doutes, et leurs aspirations.

Le 24 juin, à 16 h, ils présenteront ce spectacle dans l’auditorium Alhambra de l’ANPE Spectacle, 50 rue de Malte 75011 c’est donc le moment de poser des RTT, c’est un mardi, et c’est gratuit, qu’on se le dise.

 

Norbert Gabriel

 

www.myspace.com/duaux

 

Le Set de la Butte qui a invité Duaux est une salle un peu particulière, et bien fréquentée, David Lafore, Ludo Pin, Ignatus, Orlando et pas mal d’autres ont été programmés par Antoine Chain, un franc tireur qui n’écoute que ses coups de cœur. Une des particularités de cette petite salle est une modularité permettant des configurations différentes, et la possibilité pour un spectacle de s’adapter exactement au lieu, avec une proximité du public qui favorise l’intime relation avec la scène ; ce n’est pas une promiscuité imposée par la petite dimension de la salle mais une façon de créer un lien chaleureux. La programmation est riche, jamais anodine, Antoine Chain est un homme de spectacle ouvert à tous les artistes qui évoluent et font bouger la scène. Le Set de la Butte est au pied de la Butte Montmartre, c’est un héritier des cabarets où ont débuté ceux qui ont donné la génération Barbara, Brel, Béart, Ricet-Barrier, Anne Sylvestre, Pierre Perret… Une petite nuance, toutefois, les conditions de travail y sont meilleures pour les chanteurs... Le cabaret, avec le bruit des fourchettes et des bouchons, c’est un folklore qu’on retrouve parfois dans les salles avec bar, mais il faut savoir si on vient écouter ou bavasser avec un verre à la main.

 

www.lesetdelabutte.com

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  FREDDA

 

 

Tout d'abord où en sont tes projets ?

Peut-être le tremplin des Nouv’elles dans la prochaine éditions du festival les Musik’Elles ! Si je suis sélectionnée ! Et surtout l’enregistrement du deuxième album

Il en est où d’ailleurs ce deuxième album?

Il mijote depuis le retour de tournée en Allemagne en septembre dernier. Encore quelques coups de clé à molette à mettre et je serai satisfaite ! En tout cas ce projet, sa direction plus acoustique, me réjouit entièrement.

Est que ce nouvel album a été plus dur à écrire? J'ai l'impression que tu as donné beaucoup de personnel dans le premier, encore des choses à raconter?

C’est un album plus ou moins «concept» avec un fil rouge, ça m’a paru plus simple, cela dit, j’y travaille encore! Il y a une situation annoncée, et des chansons qui apparaissent comme des arrêts sur image. C’est une sorte d’auto-fiction mais qui contrairement au premier album va plus loin dans la fiction.

Et Radiomatic ?

On essaie de sortir un nouvel album mais par contre nous ne sommes pas encore complètement satisfaits du résultat ! Déjà quelques titres enregistrés et on cherche à présent avec Pascal une collaboration peut-être avec un artiste évoluant dans les musiques plus électroniques, pour finaliser ce deuxième volume. Alors il faudra attendre encore un peu pour sa sortie, mais c’est en chantier !

Est-ce différent de jouer en France et à l'étranger?

Oui c’est différent, c’est plus sympa quand on voyage ! C’est plus facile aussi car on se sent toujours plus culotté quand on ne maîtrise pas une langue. Et les gens sont gentils à l’étranger ! Quoi que quand je joue en Province parfois j’ai l’impression de jouer à l’étranger, car ça devient de plus en plus élitiste la scène à Paris!

Tu adaptes tes concerts à l’étranger ?

Non Pas vraiment je fais la même chose, seul le discours, quand j’arrive à m’exprimer à peu près correctement en anglais, change.

Tu n'as pas une sorte de frustration à jouer devant des gens qui ne comprennent pas forcément tes textes?

Alors là il faut se dire que ce n’est pas toujours un hasard quand les gens viennent à un concert de chanson. Il y a souvent des francophones et francophiles, je ne joue pas non plus dans des endroits énormes ! Par ailleurs, on peut se laisser aller aussi dans la musique et les mélodies. Ce n’est absolument pas frustrant pour moi.

As-tu été influencée par ton expérience scénique avec Pascal Parisot?

Oui justement pour ça, cette espèce de naturel en toutes circonstances et quel que soit le lieu.

On s’est beaucoup exposés aux risques en tournant à deux avec ses chansons, alors que je n’étais pas encore bonne instrumentiste ! c’est le cas aujourd’hui ! (je plaisante)..

Donc parfois pour rattraper des situations un peu délicates, nos concerts ressemblaient presque à du vaudeville improvisé. Quand je tourne en solo et que je me sens parfois sous pression, j’ai, quelque part dans ma tête, cette image.

Comment vois-tu l'avenir de la chanson en général et le tien en particulier?

L’avenir de la chanson ou du disque ? car aujourd’hui j’ai l’impression qu’on fait un espèce d’amalgame des deux. Moi je crois toujours aux chansons, et reste très impressionnable quand une nouvelle chanson m’émeut, par contre je trouve qu’elle s’intellectualise un peu trop à mon goût et se personnalise aussi beaucoup, alors j’espère qu’on ne va pas faire à l’avenir des chansons trop sérieuses ou trop nombrilistes qui n’intéresserons plus personne. Pour moi une chanson c’est une bonne alchimie  qui m’accompagne et me procure surtout de la joie alors je vais continuer à en faire sans trop me prendre la tête même si je suis perfectionniste dans la forme.

On entend des extraits de films dans tes chansons, tu as une chanson qui parle du cinéma... Le cinéma est l'une de tes inspirations?

Oui, presque un fil conducteur pour l’élaboration d’une chanson, souvent elle se déroule dans ma tête comme les images d’un film.

Tu as des films cultes?

Ah oui, «Orfeo Negro» de Marcel Camus, «Nosferatu» de Murnau et le «Dracula» de Coppola, «La mort aux trousses», «Elephant Man», «Easy rider», «Le corniaud», «Les tontons flingueurs» et «Ne nous fâchons pas», «Le bon la brute et le Truand» de Sergio Leone

Et des coups de cœur plus récents?

Le dernier film de Benchetrit «j ‘ai toujours rêvé d’être un gangster», et «no country for old man» des frères Coen

Benchetrit tu le connais aussi en tant qu'auteur? Tu lis beaucoup?

Non je n’ai pas lu, mais ça m’attire, son parcours m’attire, je n’ai vu que ses films «Janis et John» et le dernier. J’aime lire, un peu comme dans une chanson d’Albin de la Simone (du dernier album) «J’aime lire» ! Tout ce qui se présente à moi, ça va du manuel d’histoire géo de ma fille, à la biographie de Sophie Tolstoï,  ou bien je dévore des nouvelles fantastiques, relis madame Bovary, découvre Christine Van de Putte etc etc…

De Benchetrit je te conseille ses «Chroniques de l’asphalte». Une dernière question : quelle est la dernière carte postale que tu as envoyé à ta voisine?

Le vieux port de Marseille, véridique !

 

Propos recueillis par Gab

 

www.myspace.com/freddastrevigne

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  JULIETTE

un moment du côté de Massy..

 

Après Juliette sur le pont d’Isabelle Dhordain, voici Juliette à Massy Opéra, vers 16 heures le 13 Mai...

 

Juliette a une discographie dans laquelle on trouve des configurations très différentes, des albums faits entièrement par Pierre Philippe, d’autres où elle n’a rien fait, d’autres où elle a tout fait, c'est mon disque à moi, toute seule, j'ai tout fait (ou j'étouffais ?) c'est le cas de Bijoux et babioles, le petit dernier... avec un exercice de pur délire cartoonesque "Casseroles et faussets" - particulièrement photogénique...

 

 

Juliette ... quand j’ai commencé à chanter, c’était pour épater mes copains, pour faire l’intéressante, frimer un peu... mais ce n’était pas du tout une vocation ou une passion. D’ailleurs j’écoute très peu de chanson française, on ne me croit jamais quand je dis ça, mais quand je regarde mon Ipod, il y a beaucoup  de musiques étrangères, Amalia Rodrigues, ah, une chanson de Nougaro, parce qu’il a fallu que je l’apprenne,  mais jamais Brel Brassens Ferré..., je suis intéressée par Brassens par les thèmes, Brel pour l’ensemble, en fait, je suis beaucoup plus intéressée par le théâtre; chaque chanson est un mini opéra, avec des personnages, je n’ai pas de barrière, j’imagine et je le fais. C’est comme la Géante du Château, une idée qui m’était venue, avec plein de petits personnages qui traversaient la scène... Le fait de n’être pas une spécialiste de la chanson m’autorise toutes les libertés, je fais ce que j’ai envie de faire sans contrainte... Un spectacle peut naître d’une envie, une envie de changement, ou de pousser plus loin une idée... Je note tout, toute idée qui passe, il n’y en a pas tellement des idées,  donc il s’agit de ne pas les perdre... J’ai des cahiers, j’ai toujours écrit sur  des cahiers, Je les use jusqu’au dernier carreau, des fois, il y a des idées de chansons qui se retrouvent sur plusieurs cahiers, j’écris dans tous les sens, partout où il y a de la place, et  je garde tous mes cahiers... Je retrouve des bouts de chansons, qui ne sont pas pour moi, qui peuvent se développer dans une autre direction... (Olivia Ruiz, J’aime pas l’amour)

 

Il est clair que Juliette est une femme de spectacle, qui nous épate à chaque fois, une artiste majeure de la création, une géante de la scène, un terrain de jeu sans frontières pour ses rêves de diva du divertissement entre Bijoux et babioles, et c'est toujours de la belle ouvrage.

 

Norbert Gabriel

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  Les PRIMITIFS du FUTUR

 

Le mois dernier, nous avons partagé les témoignages des musiciens invités par Dominic Cravic à faire cet album «Tribal Musette». Après Cocktail d'amour (1986) avec Bluestory & the new blue, Trop de Routes, Trop de Trains, et World Musette (1999), Tribal Musette continue le parcours de ce groupe unique. Créateur et animateur de cette tribu d’amis musiciens, Dominic Cravic est un guitariste discret, mais la liste des artistes qu’il a accompagnés est impressionnante. Le dernier fut Henri Salvador, pour qui il fut un complice indispensable, et le compagnon de toutes les dernières tournées depuis le come-back de Salvador.

 

 

Dominic Cravic : ma première guitare, c’était une Di Mauro vers 58-60, une classique, on l’avait achetée pour mon frère et moi, on était éclaireurs de France, dans une famille mère instit’ et père au service des eaux de la ville de Paris, avec 3 enfants, mon frère avait 3 ans de plus, à 12 ans c’est très important, à cet âge, et cette guitare nous servait dans la troupe, pour faire chanter tout le monde. Nos modèles c’étaient les chanteurs à guitare, Brassens Béart, Allwright, Aufray, ce qui fait que tu travaillais la guitare  sur des chansons super bien faites, c’est très agréable d’accompagner une chanson d’Hugues Aufray, et c’était ma seule éducation musicale, avec parfois un mec qui nous montrait des trucs... A la campagne, vers Dreux avec un groupe d’amis on avait  croisé un trio de 15 -16 ans, ils avaient une guitare et ils jouaient Brassens,  on a appris une dizaine de Brassens, on apprenait comme ça, comment fonctionne une tonalité, les accords générateurs.

Après j’ai acheté une Egmond, un truc français qui imitait les guitares des Chats Sauvages, elle était vert turquoise... comme la dauphine de mon père... et puis j’ai fait des bals, j’aimais bien, mais ça durait longtemps et au début j’avais une mauvaise guitare, avec des cordes très hautes, les 2 premières heures ça allait, mais ça durait de 9  à 5 ou 6 heures du matin... On restait en Normandie, dans la région... après j’ai eu une Jacobacci, on jouait du soul du blues... et puis les paso-doble, le musette... Le bal, c’est varié, on apprend beaucoup... Après à Chartres, j’ai pris quelques cours de guitare classique, mais ce qui m’intéressait c’était plus le blues, mais j’écoutais du free jazz, Ornette Coleman autant que Fats Waller sans aucune ségrégation entre les genres ou les années, ça m’est resté, pas de sectarisme...

Avec les moyens modernes, on a tout tout de suite, mais Brahms quand il s’intéresse à Bach, il doit trouver les partitions, se remettre dans l’esprit du temps, retrouver... Nous, on a tous les enregistrements depuis l’origine du jazz ou presque... On peut les écouter... Bach, on ne peut qu’imaginer comment il jouait... Bouger dans le temps, c’est ce qui me plait le plus dans la vie, alors les gens qui me disent, ouais, pourquoi les années 30 ? mais pourquoi les années 60 ou 80 ? C’est important le temps qui passe, l’histoire... Peut-être que le temps ne se déroule pas de façon linéaire...

Quand j’ai commencé dans les bals, on était 2 ou 4 ou 5 selon le budget, puis j’ai laissé tomber la musique et j’ai recommencé quand j’ai rencontré Didier Roussin, et on a monté un duo, puis un trio avec Milteau, on était dans le blues à l’époque... très resserrés sur des petits groupes à fortes affinités, et puis ça s’est élargi, comme une pierre qui roule, qui ramasse pas mal de désirs et d’envies, c’est l’origine des Primitifs... rencontres, amalgames,  on est 52 sur cet album... avec tous les égos à concilier... ça va de 18 ans à 80 ans, pros ou amateurs, c’est fatigant mais ça me plait... c’est un plaisir et une découverte permanente, c’est tous les 7 ans avec des nouveaux qui arrivent, s’ajoutent,

Dans le Big Band Salvador on était 16, mais les Primitifs c’est très fluctuant.

Alors que je suis plutôt solitaire, ça me plait bien de mettre tout ça en scène. Je crois qu’il y a des choses qui te plaisent, des rencontres fructueuses possibles, je pense avoir ce sens là, et avec les 52, ça se passe bien, même avec les stars comme Olivia, ou Christophe... Tiens l’histoire de cette chanson : ça commence avec Paringaux, on fait des chansons ensemble depuis longtemps, et Christophe l’appelle : «j’écoute un groupe formidable, les Primitifs du Futur, tu vois un peu, il faudrait que tu me fasses des chansons comme ça.» C’était rigolo, donc je savais ce qu’il aimait, donc j’ai pensé à une vieille chanson italienne Ramona, il y a plein de liens, de sens, après je cherche un duo possible, et j’ai pensé à Olivia, on avait fait un truc bien sur la Femme chocolat, et Christophe est très fan d’Olivia, il est très à l’écoute des jeunes, il voit bien pourquoi ça marche, il est content de comprendre comment fonctionnent les choses ; donc il est emballé par l’idée...  Je voyais une image... puis Paringaux m’envoie un texte, super, mais rien à voir avec Ramona, alors on a changé, au lieu d’une valse c’est devenu une rumba...Chaque chanson a un scénario qui se déroule... avec Azzola,  on s’était rencontrés  quand Crumb était président d’Angoulême, en 2000,  Azzola venait faire une surprise à Uderzo, un copain d’enfance,  ils  avaient pris des cours tous les deux avec Médard Ferrero  dans les années 40, et on a ébauché  le projet de faire quelque chose avec les Primduf,  et on a fait Dalinette sur Tribal Musette ... une valse d’enfer...  ça peut prendre un peu de temps, mais ça se fait..

Les PrimsDuf,  il devait y avoir quelques groupes comme ça dans les années 70, mais pas vraiment... Je crois que c’est unique... quand on joue à l’étranger, c’est un peu miraculeux, on est des OVNI ; et quand on se voit, on est heureux, on joue des morceaux parfois depuis 10 ans mais le côté jazz c’est jamais complètement pareil, il y  a quelque chose dans cette nébuleuse qui séduit des gens qui ne se rencontreraient peut-être pas...  Ils aiment être là... ça part de la musique, pas  de considérations de notoriété ou de marketing...

C’est un groupe qui génère de la joie de vivre, entre eux, et pour les autres.. Des rencontres, de la musique, qui reste notre point de jonction...Servir la musique de notre mieux.... Mettre ensemble des choses qui vont faire du sens, quel que soit leur âge, voyager dans le temps et la musique... J’ai beaucoup aimé les morceaux où Django accompagne Sablon, c’est un modèle de complicité musicale... C’était en 1935-36, et c’est toujours bien.

 

Il est comme ça, Cravic, on vient pour parler de lui, et il parle des autres, mais finalement, le portrait se dessine, un musicien éclectique, sans sectarisme, qui favorise des rencontres musicales, lesquelles se transforment en histoires d’amitié qui durent depuis 15-20 ans, et toujours ouvertes aux amis qu’on ne connaît pas encore... Il ressort que ces liens construits sur l’amitié à travers la musique, c’est presque un anachronisme, une utopie, et le souvenir d’une époque qu’on rêve de revoir... D’où une explication possible des Primitifs et du Futur. Un jour ou l’autre, le beau temps revient... Dans 10 ans, dans 1000 ans ?? Le plus tôt serait le mieux...

 

Le 17 Juin, les Primitifs du Futur seront au New Morning pour une soirée spéciale Tribal Musette. Ne manquez pas cette fête.

 

Norbert Gabriel

 

www.myspace.com/cravic / www.myspace.com/lesprimitifsdufutur

www.myspace.com/ukuleleclubdeparis

 

message personnel : dans les années 56-65, les émissions de Sim Copans, sur Paris Inter, le samedi à 13 heures c’était «Jazz en liberté» suivi de «Fleuve profond».

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  ZITA SWOON

 

crédit photo : www.photosandgigs.com/blog

 

A l’occasion des vingt ans du magazine Chorus,  LDDLO s’est abrité un petit moment sous un chapiteau du festival dédié à cet anniversaire pour écouter le groupe flamand Zita Swoon.  Au pied de la grande arche de La Défense, son leader, Stef Kamil Carlens a accepté l’échange avec assurance, gentillesse et son bel accent d’ami belge.

 

Un nouvel album après plus de 10 ans d’existence, qu’est-ce que cet objet représente pour toi ?

J’aime bien travailler les sons et faire des albums avec du temps, chez moi, dans mon studio en Belgique ; mais je considère ce nouvel album Big Blueville comme une simple carte de visite pour nous permettre de rester sur la route et faire des concerts. Nous sommes loin de l’album travaillé pendant plusieurs années, mais il faut en sortir un comme ça régulièrement. Je n’ai l’ai pas inventé, si tu n’as pas d’album tu ne tourne pas et les organisateurs ne te book pas. Je ne l’aime pas ce système installé dans le rock depuis les années soixante. Je préfèrerais faire une tournée et ensuite l’album ;  parce qu’après cinquante représentations tu as un ensemble de chansons que tu connais bien et que tu peux retranscrire sur un album avec finesse. Pendant un show je peux donner aux gens plein de bonnes choses, avec de belles lumières, de l’énergie, un nombre d’instruments limités, et je ne devrais pas avoir besoin d’un album qui essaye de reprendre cette énergie. Il y a une différence entre un gars qui voit un spectacle et celui qui veut être peinard chez lui à écouter un bon son. On ne devrait pas leur offrir la même musique, la même interprétation.

 

Que devient alors la recherche de l’idéal  dans le processus de création d’un album ?

Disons que pour bouffer ce n’est pas simple ! Tu me parles d’un mec comme Glenn Gould, j’imagine  le temps passé sur son piano pour capturer les bonnes notes, qui entend son piano dans le détail, c’est difficile...parfois on essaye de s’en approcher et c’est alors plusieurs mondes qui vivent en parallèle dans une même composition : celui du chant, des textes, etc. Pour Big Blueville, c’est juste le groupe qui joue, d’une traite, pour capturer l’énergie du live et vendre ce que l’on va offrir sur scène...

 

Revenons donc à l’essentiel pour vous en ce moment, vos spectacles et votre mise en scène inédite, dans le public ?

Jouer au milieu. Je cherchais à faire une tournée un peu moins chère et j’ai vu le film sur Ray Charles. Il y a une scène dans laquelle il joue au piano dans un night club et chante dans un micro amplifié par un petit ampli de guitare tourné  vers le public. Je vois aussi trois chanteuses chanter dans un même micro, une batterie sans micro, les cuivres sans micro et le piano sans micro également ! Il joue pour 400 personnes sur un piano pas amplifié et c’est tout ! Je me suis dit : on va chercher trop loin avec les systèmes techniques, les tonnes de baffles, etc. Sur scène, t’as un mec qui te fait ton son, tu as un ampli tourné vers toi, chaque musicien à son propre mix, et finalement le public entend autre chose. On a donc décidé de jouer au milieu des gens et on a trouvé un petit système de baffles pour le chant et choisit de ne pas amplifier le reste.  Dans ce type de configuration, si tu joues trop fort tu vois tout de suite que tu gênes l’autre. On joue vraiment ensemble et avec le public.

 

On vient de parler de la forme, mais quelle recette utilises-tu pour composer et faire évoluer tes messages avec le temps ?

J’écris sur l’ordinateur quelques arrangements, qui sont  rarement utilisé d’ailleurs,  je passe ensuite au piano et le groupe ramène alors ses instruments, ses influences ; rien d’original bien que je pourrais tout imposer. Mais je ne veux pas que l’ennui se présente et je souhaite qu’après cent concerts les musiciens aient la même envie car à la fin c’est le public qui le ressent. Pour l’instant la scène occupe nos esprits, et même si quelques morceaux sont  mélancoliques, l’énergie l’emporte toujours. Depuis le début, mon intérieur était au cœur de mon inspiration, mais maintenant cela m’ennuie un peu. Je cherche donc un petit truc de la vie et continue de réfléchir aux œuvres de grands poètes. Ensuite, le plus important c’est que ce soit agréable, que chaque chanson soit un petit monde, un chouette monde pour les gens. Les mots me plaisent, je suis un musicien avant tout, les grandes idées je les laisse aux écrivains. Je crois que mon approche serait plutôt d’écrire comme un journaliste dans une colonne, une petite réflexion bien tournée et voilà...

                

Bien tournée en français, en anglais ou en flamand ?

Ni l’anglais, ni le français n’est ma langue. Ma femme parle français. Le français fait partie de  ma vie depuis plus de quinze ans. Cela me donne envie d’écrire d’autre chose. Quand j’étais plus jeun, j’étais fan d’Arno, j’avais envie de chanter avec lui et d’écrire pour lui. Il fallait donc écrire en français. Je recherchais dans pleins de directions pour y parvenir, un truc en amenant un autre, j’ai finalement pris goût à cette langue et écrit une chanson française pour lui, qu’il a mise sur son album «French Bazaar». Quand j’écoute des français et des anglais je me dis quel bonheur doivent-ils éprouver en s’exprimant dans leur langue devant autant de personnes. Il m’arrive de chanter en flamand mais je ne voyage pas sur scène avec cette langue. Je ne connais aucun groupe qui chante en flamand et qui passe les frontières : de la Turquie au Portugal en passant par l’Autriche. Pour des artistes africains les gens font plus d’effort. Ali Farka Touré, par exemple, chante dans sa langue même s’il y a tout de même quelques chansons françaises, probablement liées à votre histoire commune. L’important c’est le message, pas la langue. Quand j’ai commencé, je voulais faire du blues comme des tas de gens ; mais la plupart d’entre eux imitaient. Arno est alors arrivé avec un blues européen, digéré. J’ai pensé que c’était la musique qu’il fallait faire, un blues un peu bizarre, avec des références qui garde notre identité.

 

Ton envie de blues a évoluée et vous êtes aujourd’hui huit sur scène, à entrelacer  les influences et les instruments, mais il n’y a toujours pas de cuivres ?

C’est vrai, je les utilise peu alors que je les aime bien. On avait commencé avec un saxo, mais pour l’instant je focalise sur les chants. Il y a quatre ans je cherchais une voix féminine et j’en ai trouvé trois grâce à une amie du bassiste d’Arno. Ce n’est finalement que deux des trois filles qui sont restées. Les mêler à deux autres choristes mâles, ce serait génial, comme a pu le faire Roy Ayers. Mais on vit de notre musique et huit personnes sur la route c’est cher, alors on attend...

 

Qu’est ce qui se passe maintenant ?

Quand je suis dans mon monde, je plane, mais quand je pense à l’avenir du groupe je suis très pragmatique. Pour déplacer huit musiciens, des techniciens dans tout l’Europe, il faut de l’argent donc du succès ! En ce qui me concerne avec deux ou trois guitares, ma vie irait bien, mais on a construit un très bon son tous ensemble alors j’ai envie de garder cela encore quelques temps, notamment pendant les festivals de cet été et la grande tournée qui commencera à l’automne. C’est gai de faire de la musique !

 

Vicente Coronini

 

www.zitaswoon.com

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